Depuis 1976, date du rétablissement de la peine de mort aux États-Unis, 999 personnes y ont été exécutées. Robin Lovitt devait être, mercredi 30 novembre 2005, le millième de cette triste liste. Mais quelques heures avant l'injection létale, le gouverneur démocrate de Virginie, Mark Warner, a décidé de commuer cette peine en prison à perpétuité. Assurément, il convient de s'en réjouir : un meurtre supplémentaire a été évité.
Mais le plus inquiétant réside dans les raisons qu'avance dans son communiqué officiel le gouverneur pour expliquer sa décision de grâce : La culpabilité de Robin Lovitt ne pouvait être établie de manière indiscutable du fait de la destruction illégale de pièces à conviction lors du procès. Ai-je rêvé ? Ne pouvant être certain de la culpabilité d'un homme, ce parangon de démocratie et de justice que représente les USA, dans son infinie magnanimité, accepte d'adoucir une peine en prison à vie ?
Robin Lovitt avait été condamné à mort pour un cambriolage suivi du meutre d'un veilleur de nuit. Affirmant qu'un autre homme avait commis ce meurtre, ses avocats assurent que l'innocence du condamné aurait pu être prouvée si les échantillons ADN utilisés lors de son procès n'avaient pas été détruits illégalement par un greffier du tribunal.
Il n'est pas question ici de discuter de la culpabilité ou de l'innoncence de l'intéressé ni oublier la douleur de la famille de la victime.
Mais que dire de cette justice qui condamne des hommes dans des conditions aussi douteuses ? Assurément, les États-Unis n'en ont pas l'exclusivité -le récent procès d'Outreau en France doit nous inciter à ne pas critiquer un système judiciaire défaillant chez nos voisins-. Toutefois, souvenons-nous que se tromper en envoyant un homme en prison est, dans une certaine mesure, réparable. Le condamner à mort, c'est être tellement sûr de son jugement qu'on est prêt à commettre l'irréparable. C'est être imbu de son savoir, c'est croire à une vérité absolue. C'est ce qu'il y a de plus dangereux.
La peine de mort est un meurtre. Ne l'acceptons jamais, quelles que soient les circonstances.
Quant aux prétendues avancée de l'idée abolitioniste aux États-Unis, je crains que ce ne soit encore un long chemin : le communiqué du gouverneur de Virginie précise que grâcier des condamnés à mort doit être cantonné à des cas très exceptionnels
. Celui des meutres de noirs par exemple ? Rappelons ici que, selon Amnesty International, 80% des condamnations à mort résultent de cas impliquant des victimes blanches (14% pour les afro-américains) alors que les noirs représentent près de la motié des victimes d'homicide.
Si Robin Lovitt y a échappé, d'autres n'auront pas ce loisir : Les injections létale ont encore de l'avenir...