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sam
24
juin ' 06

Du sport ou le voyage de Lomé à Lausanne


L'équipe nationale de football du Togo a donc perdu son dernier match de la Coupe du Monde contre la France et quitté la compétition avec trois défaites pour autant de matches joués. Non sans avoir fait parlé d'elle, au travers d'un rocambolesque scénario à l'africaine dans lequel on a assisté au vrai-faux départ de son mercenaire entraîneur allemand et à des menaces de grève de la part de ses joueurs qui réclamaient les primes promises. Quelle image ! Pour un si petit pays, je pensais que représenter la nation devant la planète entière était une fierté absolue. Mais non, devant les puissances de l'argent, même les plus modestes ont des goûts de luxe. Au fond, le pays n'est rien à côté d'une valise de billets, le sport encore moins. Le footballeur est prêt à tout pour quelques dizaines de milliers d'euros et les dirigeants -politiques ou sportifs- se moquent éperdument de l'image que renvoie leur pays au travers d'une telle affaire : Pour tous, le Togo, c'est zéro victoire, zéro point, zéro esprit sportif. Zero démocratie aussi.

Tiens, à propos d'esprit sportif : Hier, Guy Drut a été illico presto réintégré au sein du Comité International Olympique après son audition par le gang Comité d'Éthique de Lausanne. Oh ! bien sûr, la maîtresse lui a retiré un bon point et il sera privé de dessert à la cantine pendant deux jours, mais il pourra retourner en clan classe, comme ses camarades. L'éponge magique chiraco-olympienne a fait son effet. Maintenant, c'est très clair : dans comité d'éthique, il y a comité.

Et pendant ce temps, les enquêtes judiciaires vont bon train en Italie où le championnat de football est biaisé par de vils et massifs arrangements entre amis, ainsi qu'en Espagne où l'utilisation généralisée de produits dopants dans le milieu cycliste fait officine office d'entraînement depuis des décennies.

Dire que j'aimais tant le sport. Le divorce est toujours un moment difficile dans une vie.

dim
18
juin ' 06

La république des faux-semblants


Dans une interview récente au Figaro, Bernard Tapie annonce fièrement : Ségolène est vraiment une amie, on se voit beaucoup et on se parle beaucoup. Même chose avec Nicolas : on est amis depuis 1985, [...] vraiment amis.

Au fond, qui est surpris ? Bernard, Nicolas et Ségolène ont ceci en commun que leur discours repose sur la critique des élites établies (l'une au PS, l'autre au gouvernement et le troisième... partout) et l'incapacité de ces dernières à entendre les français. C'est l'exacte définition du populisme. Quoi de plus naturel que savoir ces trois là si proches ? Tapie est finalement le chaînon manquant entre Royal et Sarkozy. Ils sont du parti de ceux qui n'ont jamais rien fait mais parviennent à faire croire le contraire : Tapie au Ministère de la Ville a été nullissime mais a toujours communiqué sur des résultats inexistants, Sarkozy fait de même à l'Intérieur et Royal brandit son Poitou à longueur de discours, sans que personne n'y ait jamais rien vu de bien concret.

Ils forment un club qui ne dit pas son nom : Celui de la politique démagogique et opportuniste Celui de l'attirance -poussée jusqu'à la caricature- pour les caméras, comme des moustiques attirés par la lumière Celui du pouvoir à tout prix, quitte à flatter les plus vils instincts électoralistes.

Et puis la démagogie, c'est aussi noyer les opinions politiques tranchées, gommer les contours des partis, nier les différences droite/gauche. Démonstration par Tapie dans cette même interview : L'essentiel de la politique est bien défini dans ce que disent Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Il y a des écarts entre eux... Mais ils sont à la marge. ou encore : Je vais peut-être foutre la merde, mais là où le PS aurait vraiment mal, c'est si le PRG s'alliait avec [...] le centre droit. [...] Les radicaux de gauche et ceux de droite n'ont plus aucune raison de rester séparés.

Au fond, c'est aussi ce que tente de faire Ségolène quand elle s'escrime à se démarquer du PS : noyer le poisson sur son camp d'appartenance et compter sur le plan média pour fournir une image floue, mais avantageuse. Ou Sarkozy qui oeuvre dans un gouvernement où il est sans l'être... tout en l'étant.

Pour croire encore un peu en notre démocratie, je rêve d'un mois de mai où Sarkolène et Ségozy ne seraient pas au deuxième tour d'une élection présidentielle. Je rêve d'un temps où l'élection d'un homme (femme) seul(e) et son cortège d'images fabriquées serait transformée en une élection des idées et d'un programme qui engageraient tous les hommes.

En clair, remplacer notre république des faux-semblants par une république des vrais partis, sixième du nom.

dim
04
juin ' 06

Six personnages en quête de hauteur


Comme dans la pièce de Pirandello, la famille socialiste est désunie, louvoyante. Strauss-Kahn, Royal, Fabius, Lang, Jospin et Hollande tirent à hue et à dia. Au vrai, depuis plusieurs mois, tous les commentaires tournent autour de Ségolène qui, piètre marin, confond tribord et babord : pas une interview sans qu'un journaliste demande à un éléphant ou à un autre de commenter la dernière petite phrase de la moussaillonne. Le projet se résume à un référendum pro ou anti Ségo.

Pourtant, les choses semblent tourner. La dernière sortie de l'intéressée, préconisant la militarisation des banlieues, a cette fois provoqué un tollé quasi unanime au sein du PS. La belle aurait-elle été trop loin dans son long chemin vers la droite ? Assurément. Elle parvient de ce fait à ressouder les cadres du parti autour du projet naissant, ce qui n'est pas un mince exploit.

Depuis quelques temps, les stratégies ont visiblement évolué : la ribambelle de candidats a enclenché la marche avant et s'est décidée à parler plus du fond que des dents blanches de tel ou telle : Fabius tente de thésauriser sur son NON en relançant le débat européen, Lang a couché sur le papier ses solutions pour vaincre le chômage, Straus-Kahn a cette fois démarré une vraie campagne économico-glamour et Hollande met plus que jamais en avant son image de rassembleur de la famille. Tous ont pourtant beaucoup de mal à cacher l'indigence d'un projet socialiste aux contours flous et à la fadeur manifeste.

Et pendant ce temps ? Et si, comme les trois mousquetaires étaient quatre, les six candidats socialistes étaient sept ? Arnaud Montebourg ne se départit pas de sa ligne de conduite : le fond, rien que le fond; la gauche, rien que la gauche. Là où toute la classe politique découvre l'obsolescence de nos institutions, lui peut faire valoir qu'il en parle depuis des années. Au moment où le pays prend conscience du caractère bananier de notre gouvernement, lui le dénonce avec force depuis un moment déjà. Comme la majorité des français, il a voté NON au référendum sur le TCE. Et surtout, depuis le dernier congrès du Mans, il est resté en dehors de toutes les querelles intestines et s'est astreint à ne commenter que les faits, loin du marketing à tout crin de la bande des six.

Le projet socialiste lui a semblé une tisane froide, autant dire vide et sans souffle. A tel point que l'idée lui est venu qu'il pourrait être le candidat du PS en 2007.

Et si le vrai renouvellement en politique, c'était lui ?