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mar
29
aoû ' 06

Larcher n'est pas une flèche


Gérard Larcher, Ministre de l'Emploi, du Travail et de l'Insertion Professionnelle des Jeunes, s'ennuie terriblement en vacances. Alors il lit les programmes électoraux des partis politiques, de tous les partis. Enfin, surtout celui des autres, parce que d'un projet UMP personne n'a encore entendu parler. Il s'est donc rabattu sur celui du Parti Socialiste. Il précise même l'avoir « parcouru attentivement », c'est dire s'il est consciencieux notre ministre. Et puis, comme il voulait faire profiter tout le monde de ses commentaires, le Figaro lui a offert une tribune, hier.

De mon côté, le Figaro ne m'ayant rien proposé, je me suis offert un nom de domaine, histoire de commenter les commentaires du ministre.

A propos de l'emploi, on peut lire sous la plume de l'impétrant : « Rien, mis à part le retour aux 35 heures dont plus personne ne discute l'effet ravageur sur notre compétitivité et la perte de pouvoir d'achat qui en résulte ». En quelques lignes, Gérard Larcher réussit à nous glisser des énormités sans le moindre embryon d'argument (et pour cause) :

  • Le PS préconiserait un « retour » aux 35 heures ? Que je sache, malgré les efforts de la droite au pouvoir, c'est encore la durée légale du travail en France, non ? Il est inquiétant de se rendre compte que le ministre de l'emploi n'en est pas informé.
  • La compétitivité française serait ainsi ravagée par les 35 heures ? Diantre ! Tout le monde est prêt à l'entendre, mais à condition que cela soit justifié par quelques éléments concrets. Rien de cela dans le papier du ministre. A défaut, nous nous en remettons aux économistes dont les études ne vont pas dans ce sens, loin s'en faut.
  • Des 35 heures découleraient la perte du pouvoir d'achat des français. Voilà qui est cocasse : Thierry Breton s'est escrimé tout l'été à nous faire croire, par des chiffres arrangés, que le pouvoir d'achat augmentait dans notre beau pays et patatras! son collègue du ministère d'à-côté, par un article bêtement politicien, vient nous vendre la mèche et reconnaître le problème. Quel dommage ! Plus sérieusement, depuis quelques temps, la question du pouvoir d'achat est en première ligne; les raisons en sont connues : prix de l'essence, des loyers, etc. Mais Monsieur Larcher, lui, parvient en rendre responsable une loi datant de cinq ans et un gouvernement qui n'est plus aux affaires depuis 2002. Chapeau l'artiste !

Je poursuis. A propos des entreprises : « A chaque fois que les socialistes les mentionnent, c'est pour annoncer la création d'une nouvelle taxe ». Monsieur Larcher a mal lu le projet socialiste : il y est pourtant bien question de baisse des charges, en particulier sur les salaires, mais à la différence des idées libérales de l'UMP qui arrosent sans condition, ces baisses sont soumises à certaines obligations sociales de la part de l'entreprise. Tout tient dans cette nuance...

Un peu plus loin : « A lire le projet socialiste, l'entreprise ne serait pas un lieu de création de richesse, mais une puissance maléfique ». Tout le monde (sauf les anti-capitalistes purs et durs) sont évidemment d'accord pour dire que les entreprises créent de la richesse, mais la vraie question est celle de la juste répartition de ces richesses, question qui ne semble même pas effleurer notre brave ministre en vacances.

Je glisse ensuite sur des mensonges flagrants à propos de l'enseignement supérieur ou la désopilante critique des emplois-jeunes (la droite les ayant elle-même utilisés dès son retour aux affaires, sous un autre nom et dans un autre cadre), je préfère ne pas m'étendre sur l'apologie de la négociation collective, tant il est vrai qu'en matière de négociations, un membre du gouvernement Villepin peut être qualifié d'expert hors catégorie. Je passe directement à la conclusion de notre tribun de ministre : « Heureusement, les prochaines échéances électorales sont encore lointaines. Cela laisse le temps au Parti socialiste de commencer à réfléchir à un programme qui soit, cette fois, tourné vers l'avenir et la modernité ». Vues sous un autre angle, les élections sont hélas! au contraire très proches : Quel dommage que Gérard Larcher n'ait rien fait d'efficace pendant toutes ces années aux affaires : à présent, ses jours en qualité de ministre sont comptés et nous constatons tristement qu'à peine est-il « parvenu » à stabiliser le chômage alors que la seule démographie expliquait cette inflexion (seules quelques dizaines de milliers de personnes se présentent sur le marché du travail cette année, contre 250.000 au début des années 2000). Qu'on soit mauvais est une chose, acceptable; qu'on vienne donner la leçon en est une autre, détestable[1].

La critique du projet adverse par Gérard Larcher ne contient pas un seul argument. Elle est à peine digne d'un billet de blogueur pressé qui commenterait la presse régionale au petit déjeuner. Comment s'en étonner ? Le ministre de l'emploi est vétérinaire, profession qu'il a exercé des années en milieu rural avant d'embrasser une carrière d'élu à plein temps. D'une entreprise, il n'a jamais vu ne serait-ce que le hall d'entrée, pas même le local à poubelles. Comment s'attendre à mieux ? La vacuité des arguments avancés, mariée à une malhonnêteté criante, me pousse à une interrogation : Comment le blogueur pressé que je suis a-t-il pu se laisser aller à commettre un billet d'un sujet si peu digne d'intérêt ?

Notes

[1] Sans rapport direct avec ce billet, rappelons ici que le sieur Larcher est cet individu qui, au plus fort de la crise des banlieues en novembre 2005, avait déclaré pour expliquer les évènements, que la polygamie était une des sources de réticence à l'embauche des jeunes appartenant à des minorités ethniques. Décidément, il y en a pour qui la politique de comptoir est une raison de vivre.

dim
27
aoû ' 06

En quête d'opinions (Partie II)


Après avoir exploré, dans une première partie, les sondages sous l'angle des instituts spécialisés et des médias, ce deuxième billet aborde le problème des personnels politiques qui, plutôt que leur courage, n'écoutent que l'opinion.

Lorsqu'on est dans l'opposition, c'est là une pratique, certes facile, mais compréhensible : on a perdu les précédentes élections et le but est de reconquérir le pouvoir. De façon un peu facile, il est humain d'écouter le vent qui nous y aidera. Mais poussé jusqu'à la caricature, comme dans le cas de Ségolène Royal, cela devient contre-productif, pour ne pas dire dangereux. S'en remettre exclusivement à une prétendue « intelligence collective des français »[1] pour forger un programme qui n'est pas le sien, c'est réduire à zéro le rôle du personnel politique. Sourire béatement à cette entité virtuelle qu'est « le peuple », comme à un enfant-prodigue, c'est aussi la garantie de promesses ayant l'apparence du bon sens mais en réalité inapplicables car simplistes.

Quand François Mitterrand, à contre-courant de l'opinion, se prononce contre la peine de mort ou supprime l'homosexualité de la liste des délits, il n'écoute que sa propre intelligence et fait avancer la France. Quand Giscard abaisse l'âge de la majorité à 18 ans ou légifère sur l'avortement, il ne suit pas une route tracée par le peuple, loin s'en faut.

Ce qui m'amène à parler ici d'un phénomène, plus inquiétant encore, celui du rapport à l'opinion d'un homme une fois parvenu au pouvoir. Bien entendu, on ne peut pas (trop) aller contre le peuple, mais trop l'écouter pour gouverner c'est déjà désarmer ses convictions. Mais il y a bien plus inquiétant. Le cas Sarkzoy. Ce Ministre de la République n'a qu'un objectif, chacun le sait tant il peine à le dissimuler. Toute son action au gouvernement est tournée vers cette idée, tout ce qu'il peut –prétendre-- faire comme ministre est guidé par son but ultime. Nous sommes là dans un cadre plus grave encore : utiliser le mandat qui nous est donné pour sa propre ambition personnelle.

Pour n'importe qui, gouverner est un honneur. C'est une charge, une longue liste de devoirs, dont le premier d'entre eux est de servir son pays. Pour Sarkozy, rien de tout cela : gouverner, c'est servir son intérêt personnel. Ce qui se lisait jusqu'ici en filigrane éclate au grand jour avec la grande question qui agite ses partisans depuis quelques semaines : Quel est le moment opportun pour quitter le gouvernement ? Longuet, Aeschlimann, Hortefeux, Estrosy s'interrogent avec leur chef de file : rester au gouvernement et profiter des avantages ministériels[2] ou en sortir pour ne pas risquer la « balladurisation », état qui se caractérise par le danger d'une image de « sortant » au moment de la campagne électorale.

Le député-maire d'Asnières-sur-Seine[3], Manuel Aeschlimann, sulfureux en diable, n'y va pas par quatre chemins et expose sans scrupule le peu de cas que Sarkozy, obnubilé par son ambition, fait de la charge ministérielle, : Dans un Figaro de cette semaine, on peut lire des extraits d'une interview à l'agence Reuters : A propos des émeutes de 2005 en banlieues : «La dernière fois, Dieu merci, il n’y a pas eu de bavure policière. Mais imaginez un retour des violences et une exaction de la police, et les ambitions présidentielles de Sarkozy sont terminées». A propos des sans-papiers : «un cas typique de ce qui peut vous faire tout perdre».

Tout est dit. Inutile que je développe plus avant. Pour Sarkozy, être en charge d'un ministère, ce n'est pas servir la France, c'est bénéficier d'un tremplin. Il veut à toute force prendre le pouvoir suprême[4] : tous ses actes politiques, souvent tapageurs ou à tout le moins médiatiques, tout ce bruit duquel il s'entoure partout où il va, avec la complaisance des médias, n'ont d'autre but que cacher l'ambition qui le dévore.

C'est un ennemi de la République, je l'ai déjà dit et le redis donc.

Notes

[1] Le peuple, c'est aussi cette entité qui a porté Hitler au pouvoir, qui a applaudi Pétain quand l'Assemblée lui a accordé les pleins pouvoir ou qui a envoyé Le Pen au deuxième tour de la dernière élection présidentielle. Il ne s'agit évidemment pas ici de remettre en cause le suffrage universel, mais de souligner qu'il faut savoir distinguer les moments où écouter le peuple et ceux où il est nécessaire de le guider.

[2] En particulier celui de bénéficier d'une tribune électorale permanente et gratuite.

[3] ... et en charge des sondages à l'UMP, poste on ne peut plus stratégique pour un Sarkozy !

[4] En cela il s'oppose aux républicains qui veulent rendre ce pouvoir au peuple.

sam
26
aoû ' 06

En quête d'opinions (Partie I)


Se plonger dans le détail des sondages est un régal. Je lisais récemment la dernière production de l'IFOP qui proposait, comme toujours le jeu du duel politique : comparer Sarkozy à chacun des prétendants socialistes. On y relève, au hasard des différents tableaux, que 4% des proches de l'UMP préfèrent Fabius à Sarkozy et que plus de 30% des gens se déclarant proches de l'extrême gauche préfèrent Sarkozy à Hollande. Je vous laisse imaginer la méthodologie employée pour cette fumisterie enquête.

Pendant ce temps, la SOFRES, ne voulant pas être en reste en matière de pantalonade, nous rapportait sans frémir que 25% des français de gauche « souhaitaient que Sarkozy joue un rôle important au cours des mois et des années à venir ».

Parfois même, ces instituts se mettent d'accord pour se couvrir de ridicule de conserve : en juin dernier, BVA et la SOFRES produisait, le même jour, un sondage démontrant que 60% des français approuvaient le mariage homosexuel (BVA) et que 51% d'entre eux y étaient opposés (SOFRES).

Sans avoir moi-même réalisé une enquête auprès d'un échantillon national représentatif de la population française composé de 1021 personnes âgées de 18 ans et plus du 24 au 25 août 2006, je peux vous assurer qu'à la question « pensez-vous que le instituts de sondages se foutent de notre gueule ? », 100% de ceux qui ont réfléchi plus de 10 secondes on répondu « oui ».

Heureusement, la SOFRES a publié récemment les résultats d'une enquête qui nous sauvera peut-être : 35% des français croient au miracle. Celui que les élections pourraient remplacer les sondages ?

Rien n'est moins sûr car, si les sondages sous-tendent l'opinion, les journalistes eux la fabriquent. J'en veux pour (énième) preuve la couverture de l'université d'été du PS à la Rochelle. Les titres de la presse ce matin : « Ségolène Royal ovationnée à La Rochelle » (Libération), « La Rochelle s'ouvre autour de la question Royal » (Le Figaro), « La voie Royal » (L'express), « Ségolène Royal lance l'université d'été du PS » (Le Nouvel Observateur), « Ségolène Royal fait des jaloux » (Ouest France).

Pourtant, dans le même tremps, Fabius répondait très longuement aux questions des jeunes du parti et DSK faisait un discours-programme très structuré. Mais de cela il n'a pas été question dans les journaux, plus occupés à compter les photographes qui se pressaient à l'arrivée de Royal qu'à entendre les propositions des uns et des autres. Pour ma part, j'ai retenu que Fabius proposait une république parlementaire et DSK un régime présidentiel, que le premier entendait combattre le libéralisme et le deuxième s'en accommoder. J'ai entendu nombre de propositions de la part de ces deux prétendants, mais n'en ai trouvé trace dans aucun média. Il m'a fallu regarder LCI en direct pour l'apprendre, c'est un comble.

Les journalistes sont des usurpateurs populistes[1] qui, sous couvert de liberté de la presse, masquent l'information factuelle pour mettre en avant ce qui peut se vendre, c'est-à-dire les petites-guerres-entre-amis ou les peopleries de tel ou telle. A ce petit jeu, Royal et Sarkozy ne peuvent qu'être vainqueurs. Quoique... à leur place je me méfierais : la quasi-intégralité des médias a fait campagne pour le OUI en 2005 et on en a vu le résultat[2].

(la suite de cet article est disponible ici : En quête d'opinions, Partie II)

Notes

[1] adjectif impropre supprimé suite au commentaire pertinent de 'Bruno'.

[2] Quant aux militants socialistes qui, tels des moutons décérébrés, suivent les courbes d'opinions pour choisir leur candidat, je me contenterai de les renvoyer aux enquêtes de l'été 2001 qui donnaient 27% d'intentions de votes à Jospin et 30% à Chirac, leur rappelant que les urnes ont rendu leur verdict huit mois plus tard : 16% et 20%.

ven
18
aoû ' 06

Cedez le passage


François Rebsamen, numéro deux du Parti Socialiste et maire de Dijon, démontre une nouvelle fois le caractère hautement démocratique de l'association qu'il défend. Après avoir fait renoncer Arnaud Montebourg par un arrangement entre amis, voilà qu'il invite Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius à faire de même : «Ils vont se vexer, mais je me demande quel est l'intérêt de ces candidatures. Toutes sont légitimes, mais je ne vois pas ce qu'elles apportent. Elles ne peuvent pas gagner», affirme-t-il au Figaro. Le Parti Socialiste s'enferme donc définitivement dans la « sondocratie »[1] : Seule Ségolène peut gagner, l'affaire est entendue, fermez le ban, fin du match.

Non seulement le PS est absolument sourd aux couches populaires du pays, non seulement il n'apprend rien de l'histoire ni des récentes déculottées qu'il a connues, non seulement il ne comprend pas l'intérêt de se positionner clairement à gauche, non seulement il méprise comme jamais ses partenaires naturels, mais voilà à présent qu'il se moque ouvertement de ses adhérents, ces dizaines de milliers de nouveaux qui se sont inscrits en grande partie pour choisir en novembre le candidat socialiste : l'élection interne serait devenue inutile. A quand une intervention de Hollande pour demander à l'UMP de se retirer de la course à la présidentielle devant l'évidence royale ?

Cher lecteur, en mai 2002, tu as pris ton courage à deux mains, une pince à linge sur le nez et tu es parti, amer, à l'école primaire la plus proche. Tu as nettoyé tes chaussures dans un pédiluve désinfectant et tu t'es dirigé vers l'isoloir, regrettant d'avoir oublié ta blouse et ton masque stériles. Tu as saisi le bulletin sur lequel n'était pas inscrit le nom de Le Pen et tu l'as mis dans l'urne, jurant qu'on ne t'y reprendrait pas. En mai 2007, la gauche auto-éliminée, que pourras-tu inventer de plus au moment du 'choix' entre Sarkozy et le FN ?

A moins que l'attitude des deux François qui dirigent le PS ne traduise leur fébrilité à l'approche des débats de la rentrée au sein du parti. Et si ce que nous prenons pour du mépris anti-démocratique n'était qu'une peur grandissante ?

Notes

[1] Doctrine politique qui consiste à attendre une victoire qui ne peut que survenir. Les chantres historiques de cette stratégie ont été : Michel Rocard, Edouard Balladur, Lionel Jospin et Oui.

mer
16
aoû ' 06

La particule : élémentaire, mon cher Wang Zong


C'est avec une immense fierté que le PDG de SEB, Thierry de la Tour d'Artaise, a annoncé le rachat par son groupe de la société chinoise Supor. Au-delà de l'intérêt financier de l'opération et du gain de croissance attendu par cette acquisition, la délocalisation sous-jacente est évidente. Les incantations du PDG à particule(s), qui nous explique sans rire que « pour vendre en Chine, il faut produire en Chine », ne masqueront pas le fait que, dans son esprit, pour vendre en France, il faut produire... en Chine, aussi. Ce qu'il fait déjà allégrement du reste, à hauteur de 20% des ventes du groupe. Les employés des sites de production français, déjà promis à une fermeture prochaine, ne s'y tromperont pas. Je pense notamment aux quatre cents dindons de la farce du petit village vosgien « Le Syndicat »[1] qui connaissent déjà leur sort depuis plusieurs mois. Après l'effondrement du textile vosgien au profit des productions chinoises, SEB leur fait redécouvrir les plaisirs raffinés de l'Asie[2].

Nous voyons ici le décalage flagrant entre l'intérêt d'un pays (centré sur l'emploi ou l'aménagement du territoire) et celui d'une entreprise dont le terrain de jeu est mondial. Contrairement à ce que croient les tenants du patriotisme économique, ce qui est bon pour une entreprise française n'est pas nécessairement bon pour la France.

En guise de conclusion, je livre ici deux définitions du mot « syndicat » :

  1. Commune française située dans le département des Vosges, 1801 habitants.
  2. (n.m.) Association qui a pour objet la défense des intérêts communs d'un groupe de personnes.

Pour cette dernière, tout le monde aura compris que les fermetures d'usines SEB ne visent pas la défense de l'intérêt des salariés mais celui des actionnaires.

Notes

[1] ça ne s'invente pas.

[2] Aujourd'hui, l'homme - qui - avait - plus - de - lettres - dans - ses - initiales - que - de - doigts - dans - une - main a affirmé que le rachat de Supor « n'aurait pas de conséquence sur l'emploi en France ». Je viens de comprendre à quel point il avait raison : les fermetures prévues des usines hexagonales auront bien lieu, quoiqu'il arrive !

mar
08
aoû ' 06

Du libéralisme ou le futur antérieur


Depuis l'effondrement du monde soviétique, à la fin des années 80, le capitalisme est devenu le modèle unique pour la quasi-totalité de la planète. Il en est devenu arrogant, sûr de sa force, donc de son bon droit. Par voie de conséquence, il s'est mué ces quinze dernières années en un ultra-libéralisme exacerbé -même si, au cours de la décennie précédente, Thatcher et Reagan avaient déjà bien préparé le terrain-.

-I- L'omnipotence libérale

Il est aussi devenu la pensée unique. Même les gauches européennes sont devenues frileuses, acceptant des paradigmes libéraux comme la vérité : Il suffit pour s'en convaincre d'observer la politique économique du travailliste Tony Blair en Grande-Bretagne ou ces dirigeants du Parti Socialiste français critiquant certes le CPE, mais faisant dans le même temps l'apologie de la « souplesse », pour ne pas dire de la « flexibilité », reconnaissant ainsi la précarité comme seule réponse possible aux problèmes de l'emploi. Critiquer « Le Marché » tel qu'il se conduit (cette personnification montre a dessein qu'il a une vie propre, indépendante des politiques menées) n'est même plus tolérable, sauf à passer pour un fou rétrograde, inepte ou trotskiste. Du reste, les mots « libéralisme » et « capitalisme » sont pratiquement devenus synonymes dans l'esprit de beaucoup. Pour ne pas se faire taxer d'anti-capitaliste ou de passéiste, la gauche critique donc du bout des lèvres et produit en vue des prochaines élections un projet économique d'une mollesse stupéfiante. La pensée unique, vous disais-je.

Quelques exemples frappants viennent corroborer cette analyse : Nommer Thierry Breton, ce patron de grande entreprise, au Ministère des Finances, c'est croire (et faire croire) que l'État se dirige comme une entreprise, ce qui est une erreur fondamentale. Sournoisement, l'idéologie libérale infiltre ainsi la dépense publique sous nos yeux impuissants. Des députés qui votent une loi DADVSI pour le bon plaisir d'une industrie du disque aux profits pourtant mirobolants. Un parti socialiste totalement amorphe devant des projets comme le CNE ou le CPE (se rattrapant in extremis aux wagons poussés par les étudiants et les lycéens). Les exemples sont multiples, je m'arrête là. Le rôle de l'État recule, celui des marchés progresse.

-II- Le vent tourne et tournera encore

Mais cette « loi du marché » triomphante, qui prétend régir nos sociétés a-t-elle un avenir ? Je suis au contraire persuadé aujourd'hui, au plus fort de la toute-puissance d'un capitalisme débridé, que le libéralisme se meurt. Le vent a tourné et tournera plus encore. Il ne peut en être autrement, sauf à accepter la fin programmée de nos systèmes démocratiques. Du reste, les temps changent déjà. Quelques signes ne trompent pas :

1°) La droite est-elle libérale ?

En France, la droite tempère elle-même ses ardeurs libérales et l'a démontré récemment par les tergiversations autour de la privatisation de GDF, par la volonté de limiter les stock-options des dirigeants de grandes entreprises ou encore par un projet de loi sur les class action. Petites avancées certes, mais, venant de la droite, symptomatiques d'une prise en compte d'un rejet du libéralisme sauvage.

2°) Le TCE

Le refus du peuple français de ratifier le Traité Constitutionnel Européen, l'année dernière, procédait bien en grande partie, qu'on le veuille ou non, d'un refus de cette omnipotence libérale dans la politique européenne : graver dans le marbre de tels préceptes économiques a été repoussé en France, comme aux Pays-Bas et tout le monde sait qu'il en aurait été de même dans de nombreux autres pays si les peuples avaient été consultés[1].

3°) L'autre Amérique

La poussée récente des gauches en Amérique Latine montre l'instinct des ces peuples à refuser de continuer à subir cette relation gagnant/perdant imposée par un système économique mondial toujours à l'avantage du plus fort.

4°) Le modèle communautaire

Les avancées majeures du logiciel libre, jusque dans le grand public [2], est une forme de réaction au libéralisme et aux monopoles qu'il génère par concentrations et rachats successifs. Les mastodontes Microsoft et Oracle prennent du reste très au sérieux leur concurrents « libres » OpenOffice.org ou MySQL. Dans la même veine, on peut analyser l'explosion des téléchargements peer-to-peer comme une réaction irraisonnée aux abus flagrants des multinationales de l'industrie du disque. L'encyclopédie en ligne Wikipedia ou la compilation d'articles journalistiques Agoravox sont eux aussi des structures qui échappent partiellement à la loi des marchés, puisque reposant sur le partage de la connaissance des hommes. Ces exemples nous montrent qu'il peut aussi exister une économie qui fait fi de la loi du plus vorace, prétendument inéluctable, et reposer sur un partage direct des données ou des informations par le peuple.

-III- Ce que le libéralisme ne sait pas faire

Et puis, au-delà des simples signes avant-coureurs, il y a les grandes difficultés communes à l'ensemble de la planète, qui ne pourront guère perdurer sans que des actions de grande ampleur soient envisagées :

1°) L'environnement

Les formidables problèmes environnementaux ne pourront être pris en compte que par une action forte des états qui devront mettre en oeuvre des mesures d'envergure. Le lamentable exemple des USA qui ne se donnent même pas la peine de ratifier le protocole de Kyoto sur l'environnement[3], voilà qui ne pourra pas durer. Les peuples ne pourront continuer à le tolérer. Laisser-faire économique et protection de la planète apparaissent de plus en en plus explicitement antagonistes et il ne peut en être autrement qu'une prise de conscience par tous de cette aberration. Alors, pourquoi ne pas envisager un gouvernement mondial des ressources de la planète ? Comment faire autrement même si cela peut paraître utopique de prime abord ? Je parlais plus haut de mesures fortes, pas de mesurettes vues sous le seul angle économique[4] et donc nécessairement vouées à l'échec.

2°) L'énergie

De la même façon, la pénurie des énergies fossiles est irrémédiable. C'est tout de même bien aux États de s'en préoccuper : Faire rouler des voitures sans pétrole, on peut penser y arriver relativement rapidement. Faire voler des avions sans kérosène, pour le moment, personne n'en a la moindre idée. La mondialisation -qui se base sur des échanges internationaux rapides- a donc du plomb dans l'aile. Il faudra inventer autre chose[5] et ce ne sont pas les entreprises qui vont avoir une vision stratégique dans ce domaine. Le principe même de l'actionnariat est de défendre le profit à court terme : donc le problème ne se posera à lui qu'à l'extinction définitive du pétrole. Tant qu'il y aura quelque chose à gagner de ce dernier, les entreprises ne se préoccuperont de rien, c'est une assurance. Il s'agit donc d'investir massivement dans la R&D en matière énergétique. Deuxième enjeu : cette énergie doit être propre (Cf. supra), puisque la planète étouffe. Qui d'autre que l'État fera tout cela ? Rêver à l'entreprise citoyenne est une fumisterie totale, propagée par les ultra-libéraux pour nous faire avaler la pilule d'un marché qui s'auto-régulerait. Non, c'est une certitude, seule la dépense publique peut insuffler cette démarche vers un monde nouveau.

3°) L'équilibre Nord/Sud

De même, les gouvernements ne pourront rester aveugles et sourds aux disparités nord/sud qui s'accroissent d'année en année. Sarkozy s'attaque à l'immigration clandestine sous l'angle répressif alors que la seule solution, tout le monde le sait[6], consiste à augmenter le niveau de vie des pays les plus faibles. Et cela commence par leur acheter des produits à leur vrai prix et non pas au niveau de l'aumône pratiquée aujourd'hui . Le développement du commerce équitable, confidentiel il y a quelques années mais prenant de l'ampleur, est un signe flagrant du refus des populations d'une loi du plus fort de laquelle personne ne peut sortir vainqueur à terme. « Reste » à traduire cette initiative à plus grande échelle, au niveau des états, car ne l'appliquer qu'à quelques produits, comme le café ou le riz, reste symbolique à l'échelle planétaire. Alors, Max Havelaar, président de l'OMC ?

4°) L'action sociale

Au sein de chaque pays -et en France en particulier- les disparités de niveau de vie sont, elles aussi, croissantes. Comment peut-on imaginer une justice sociale sans un interventionnisme public fort ? Quelle est donc cette escroquerie intellectuelle qui consiste à faire croire qu'ultra-libéralisme et protection des plus faibles sont compatibles ? Certains pouvaient encore le croire il y a quelques décennies, mais la période récente a démontré par a plus b qu'en laissant la bride sur le cou des marchés, les inégalités s'accroissaient[7]. Je reviens au peuple de France qui, instinctivement, le sent bien quand il défend ses acquis sociaux : d'aucuns essaient de lui faire penser qu'il est alors réactionnaire au changement, incapable de se réformer, mais en réalité, il s'agit à n'en point douter d'une volonté de conserver un rôle fort de l'état.

L'anti-libéralisme est l'avenir de l'homme

Ces quelques coups d'oeil en arrière et vers l'avenir me font penser que l'ère qui s'annonce sera globalement (je parle à l'échelle de la planète) anti-libérale[8]. J'accuse donc la gauche française d'un manque total de clairvoyance par sa mollesse à condamner à mort un libéralisme débridé. Il y manque à l'évidence le visionnaire qui accompagnerait le basculement vers cette nouvelle ère. Toutes les stratégies électoralistes du parti socialiste ne masqueront pas le fait qu'ils sont de doux réformistes dont l'objectif avoué est une terne modération du modèle libéral. Mais cette social-démocratie amorphe n'est plus de mise. Les chantiers que je décrivais plus haut dépassent de loin ce qu'on a pu connaître par le passé. La crise de 1929 produisait un chômage affolant, les chocs pétroliers des années 70 générait une inflation incontrôlable. Nous sommes aujourd'hui revenus à un taux de chômage à la fois élevé et persistant. Il devient structurel et non conjoncturel. Le capitalisme s'y noiera si l'on y prend pas garde. Et avec lui la démocratie, notre bien le plus précieux. Les problèmes environnementaux sont eux de nouveaux problèmes qui ne se sont jamais posés à l'humanité. Il en découlera une nécessaire explosion des budgets de Recherche publique dans ce domaine. Tout cela ne pourra être résolu que par une reprise en main de la res publica par la sphère politique, au détriment de l'angle économique.

La supériorité de l'homme sur le monde animal, c'est sa capacité à protéger les plus faibles des siens, au contraire des autres espèces ou la sélection naturelle s'impose[9], faute de règle. En ce sens, le libéralisme poussé à l'extrême est une vraie faute philosophique de laquelle il nous faut nous protéger. Comment accepter faire nôtre la loi du plus fort ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit : la liberté d'entreprendre engendre la démocratie, tout le monde s'en félicite. Mais cette même liberté, sans règle commune, c'est la jungle. Les économistes de ce monde ne peuvent se dédouaner d'une réflexion humaniste et les personnels politiques devraient avoir ce recul de l'adéquation entre développement et humanisme. C'est malheureusement peu le cas, y compris chez ceux de gauche qui, par paresse ou pragmatisme, occultent une pensée plus globale de l'avenir de l'humanité.

Faute d'action des États, ce sera la voie ouverte à la révolution, du fait de ceux qui pâtissent le plus d'un libéralisme non tempéré par l'action de l'État, c'est-à-dire les plus démunis. Ou pire : le modèle des dictatures fascisantes[10] faisant leur lit de l'effondrement d'un système devenu incapable de contrôler le chaos qu'il a lui-même engendré. Je rêve que la France soit à l'avant-garde en la matière et devienne, comme en 1789, le phare qui éclaire nos six milliards de « compatriotes » terriens par un modèle fonctionnel de rejet du libéralisme.

Rêvons donc ensemble que, le spectre de la dictature écartée, le libéralisme s'éteigne. Tous les pays n'iront bien entendu pas dans ce sens. Tous ceux qui s'engageront sur ce chemin n'iront pas au même rythme[11]. Aussi dans un monde aussi global que le nôtre, la transition sera, à n'en pas douter, difficile. Très difficile.

Mais il n'y a pas d'autre voie et nous devons nous y engager. Le refus du libéralisme, c'est d'abord une lutte contre l'asservissement et pour notre démocratie.

Notes

[1] Oui, je sais, tout ceux qui ont voté NON n'étaient pas de gauche...

[2] Le concept est ancien mais était jusque là réservé aux techniciens de l'informatique. Les profanes en la matière trouveront quelques notions ici. Je rappelle au passage que, dans ce bas monde, tout n'est pas payant, tout n'est pas « breveté », tout n'est pas prétexte à profit : ce site en est la parfaite illustration puisque l'ensemble de son contenu (textes, photos et musiques) est placé sous licence « libre », ce qui signifie qu'il est utilisable par tous, à volonté.

[3] ... Afin de protéger les lobbies industriels, c'est-à-dire... le marché !

[4] Du type pollueur = payeur. Nous n'en sommes déjà plus à faire payer les fautifs pour canaliser l'augmentation de la pollution: il s'agit à présent d'inventer un monde nouveau dans lequel la pollution recule à son plus bas !

[5] ... Ce qui passe par un changement de nos modes de vie occidentaux. Mais est-ce si catastrophique, au regard de notre actuelle attitude consumériste poussée jusqu'à la caricature ?

[6] Même lui, mais son créneau politique populiste l'empêche de le reconnaître.

[7] En cela, le projet de TCE de 2005, qui prévoyait l'indépendance de la Banque Centrale Européenne, constituait un nouvel abandon de prérogatives des gouvernements : en l'occurrence celle de peser sur la monnaie et donc d'avoir un minimum d'action volontariste sur l'emploi. Rappelons que le traitement du chômage est la dernière roue du carrosse pour les actionnaires des grandes entreprises, pour ne pas dire qu'un taux de chômage élevé est une bénédiction pour eux ; précarité des personnels, flexibilité, main-d'oeuvre forcément moins regardante sur les salaires, trop heureuse d'avoir un travail... Prétendre vouloir résoudre le problème du chômage sans un interventionnisme violent de l'État est parfaitement invraisemblable.

[8] Mon optimisme ou mon catastrophisme, selon l'angle que l'on choisit, en fera sourire plus d'un, mais je donne rendez-vous dans 15 ou 20 ans ans pour un regard rétrospectif.

[9] Je lisais cette semaine dans le Figaro un article sur le fabuleux monde des oiseaux où, en période de pénurie, les parents ne nourrissent plus que les oisillon les plus vigoureux pour leur donner un maximum de chances de survie, au détriment -est-il besoin de l'expliquer ?- des plus faibles qui sont de ce fait condamnés.

[10] L'Autriche en 2000, Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle française en 2002, les jumeaux polonais en 2006 ou la récente alliance contre nature « socialistes/extrême droite » en Slovaquie sont autant d'exemples qui devraient nous faire sérieusement réfléchir aux fondements de nos démocraties.

[11] On le voit bien en Europe où malgré un marché commun, les pays sont asynchrones dans leurs alternances politiques, ce qui nuit de façon flagrante à la cohérence socio-économique de l'ensemble.

sam
05
aoû ' 06

Je préférais quand il pleuvait.


Dans les Vosges, vaillantes collines de l'Est, quand la pluie démarre, il faut s'en inquiéter : on ne sait jamais quand elle va prendre fin. Les nuages s'accrochent aux massifs, à moins que ce ne soit le contraire, je n'ai jamais excellé en géologie, encore moins en climatologie. Ces deux derniers jours ont été bien arrosés, au grand bonheur des agriculteurs qui, fidèles à la tradition de la jérémiade agricole, commençaient à se plaindre du déficit aqueux de leurs cultures montagnardes. Encore un effort et les compensations européennes d'inondations s'additionneront aux primes nationales de sécheresse exceptionnelle.

Et puis vers quatre heures, cet après-midi, le soleil a fait son retour, déjà bien à l'ouest. D'abord timide, s'aventurant d'un rayon prudent, puis courageux au point de commencer à sécher les chemins boueux, enfin exubérant, à nous en faire enlever ce pull-over qui nous servait de deuxième peau en plein mois d'août. Bleu plein ciel !

Comme pour fêter cela, je suis sorti, me suis assis sur le banc en pierre au milieu des quatre hectares du jardin familial, Libération en main. Jubilation météorologique, comme une deuxième naissance. De courte durée. Au fil des pages, la réalité du monde s'est rappelée à moi : Au Liban, le ciel reste bouché. Israël, appuyé par l'aigle américain et le toutou anglais, va réussir à transformer ce pays ouvert et oecuménique en une terre de jihad, comme une deuxième mort.

Je préférais quand il pleuvait.

ven
04
aoû ' 06

Les leçons de l'ISF


Ainsi les recettes de l'Impôt sur la Fortune ont-elles bondi cette année : Entre 15 et 20% selon les sources. Non parce que le taux de l'ISF a été relevé -bien au contraire, puisque le gouvernement a l'an passé mis en oeuvre le cadeau bouclier fiscal pour les contribuables des tranches les plus hautes-, mais par augmentation du nombre de foyers fiscaux touchés par cet impôt. C'était déjà le cas en 2005. Décidément, le nombre de « riches » [1] croît dans notre pays. Il y aurait de quoi se réjouir si, parallèlement, nous ne constations une progression flagrante de la précarité : chômeurs, RMIstes, employés à temps partiel non choisi, travailleurs pauvres, etc. Les disparités s'accroissent. Ce n'est pas un mot, pas plus un slogan militant. C'est un fait, indéniable : La liste de ceux dont la vie est difficile grandit mois après mois. Celle des mieux lotis fait de même.

Gilles Carrez, rapporteur du budget à l'Assemblée, préconise que la rentrée fiscale inattendue que représente l'édition 2006 de l'ISF soit en priorité affectée au désendettement. Il rejoint en cela le gouvernement qui ne dit pas autre chose depuis un an : priorité absolue au traitement de la dette. Gardons-nous de tout projet, gérons en bons pères de famille.

Mais peu importe ces peccadilles [2] pour Villepin et Borloo qui claironnent des chiffres du chômage en baisse et parviendraient presque à faire croire qu'ils y sont pour quelque chose si la publication concomitante des chiffres de l'emploi au sein de l'Union Européenne ne venaient, ces derniers jours, démontrer que cette inflexion de la courbe française n'est due qu'à un effet mécanique et macro-économique : la France est très loin de faire mieux que ses voisins dans la lutte pour l'emploi, doux euphémisme. Parallèlement, des études publiées par le Ministère de l'Emploi lui-même démontrent l'impact microscopique, pour ne pas dire négligeable, du CNE sur les créations de postes ces derniers mois. Il n'est guère que l'inénarrable Nicolas Barré, à travers son éditorial dans le Figaro du jour, pour se persuader de l'efficacité de ce nouveau type de contrat de travail, pourtant présenté comme miraculeux par le gouvernement il y a quelques mois.

Cher lecteur, peut-être cela vous a-t-il échappé, mais par ces quelques lignes, je viens de décrire la doctrine libérale : 1°) pour le traitement du chômage, remettons en nous strictement à l'activité économique ambiante et gardons nous d'intervenir 2°) le budget de l'État se gère comme celui d'une entreprise 3°) Point d'action volontariste de l'État mais une simple gestion comptable des deniers publics, vierge de toute intervention économique. En cela, la conclusion de l'éditorial de Nicolas Barré est limpide (« Les réformes qui marchent et qui ne coûtent rien aux finances publiques, dans notre pays, cela existe ! ») : l'Etat libéral doit se contenter de mesurettes d'accompagnement mais en aucun cas intervenir sur le marché (fut-il de l'emploi !) par quelque action économique que ce soit.

Je le déplore, cela va sans dire, mais je reste optimiste : le libéralisme se meurt, c'est ma conviction. Les Villepin, Sarkozy, Blair et autres Merkel n'en sont que les derniers représentants, archaïques, attachés à un passé qu'ils croient maîtriser. Les décennies à venir leur donneront tort. Reste à connaître les modalités de ce changement : évolution ou révolution ?

C'est promis, j'y reviens bientôt plus longuement sur ce blog. [3]

Notes

[1] Cet adjectif est à relativiser ici, toutes les personnes assujetties à l'ISF ne pouvant à l'évidence être qualifiées de « riches ».

[2] Le fait est que l'ISF n'est qu'une goutte d'eau dans les recettes de l'État.

[3] Voici deux fois en quelques jours que je fais cette annonce; mais soyez indulgents : ne tirez pas sur le vacancier !