[ étienne fillol : le blog ]

[ accueil | blog | musique | textes | photos ]
ce blog est alimenté par étienne fillol (92, hauts-de-seine), sauf billets indiquant une mention contraire

jeu
30
nov ' 06

Les enfants de Don Quichotte


A la suite de mon article précédent, je veux faire partager à tous le combat des Enfants de Don Quichotte.

Sobrement, je vous livre le site web : www.lesenfantsdedonquichotte.org, une vidéo à faire froid dans le dos et le texte qui clot cette dernière :
Il y a entre 86.000 et 400.000 SDF aujourd'hui en France, selon les sources INSEE et Emmaüs.
30% d'entre eux ont un travail.
63% ne bénéficient ni du RMI ni de la CMU.
Tous les SDF étrangers sont sans revenus.

Sans domicile fixe il est quasiment imposible de trouver un emploi.

10% sont des mineurs.
35% souffrent de problèmes psychologiques liés à leurs conditions de vie dans la rue.

Selon le dernier rapport de l'INSEE, les SDF boivent moins d'alcool que la moyenne nationale.
L'espérance de vie dans la rue est de 43 ans.

Selon les critères énoncés dans les diférentes conventions internationales, notamment la convention de Genève sur les prisonniers de guerre, leurs conditions de vie seraient assimilables à des conditions de torture (hygiène, alimentation, privation de sommeil, insécurité physique, non accès aux soins, conditions climatiques, nuisances sonores...)



dim
26
nov ' 06

Seine de la vie ordinaire


Chaque jour, je traverse le pont d'Ivry qui enjambe la Seine et me propulse de la gare du RER vers le bureau. Le plus souvent à pied, parfois en bus quand la pluie est trop forte ou que le courage me manque.

Au-dessus de l'eau, en tournant la tête vers le nord : l'autoroute, le périphérique et un arrondissement de Paris, douzième dans l'ordre du mérite circulaire. Au sud, vers Vitry, les quais industrieux font grise mine, façon dix-neuvième dans l'ordre des siècles qui s'égrènent. Des usines crachent leurs fumées dans la couche d'ozone et déversent le reste dans l'eau jaune.

Tous les jours, ce rituel de respirer le vent impur qu'abreuvent nos silos, bien calé dans un imperméable, chemise blanche et cravate à pois. Un regard vers le fleuve, avant que la Marne ne l'engrosse, avant sa fuite vers la vie parisienne.

Et puis... depuis quelques temps, de petites tâches bleues ont fleuri vers le sud, vers les quais. La couleur importe peu, ce sont des tentes. Oui de minuscules tentes que l'on distingue, à quelques hectomètres, en plissant les yeux. Faute de tôle ondulée, ces favelas sont en tissu. En banlieue, la misère a choisi les quais de Seine pour se cacher d'une société qui a choisi de ne pas la voir. Tout est pour le mieux : chacun chez soi et les nécessiteux seront bien gardés.

Croissance zéro ce trimestre ?... et alors ?... Avec un taux de 0,6% ces miséreux seraient-il chefs de projet chez Cap Gemini ou locataires d'un F5 avenue Foch ? Sérieusement et toute poésie mise à part, qu'en ont-ils à foutre de notre PIB, ces occupants des tentes d'Ivry ? Par ricochet, chers économistes, chers élus, chers candidats, quand vous en aurez fini avec ce culte de la croissance qui vous tient lieu de programme à défaut d'ambition, tout le monde pourra remballer ses tentes et vivre entre quatre murs et aucun toit ne sera plus fait d'une simple toile Lafuma®, aucun lit de cartons Leclerc® empilés.

On les estime à quatre cent mille, ces sans-toits. Merci l'INSEE et merci Libé. Mais plutôt qu'estimer leur nombre, nous devrions nous estimer nous-mêmes dans l'obligation des les sortir de cette situation. Il n'y a pas à tergiverser. Un seul mot d'ordre : réquisition de tous les logements vacants et loyers symboliques pour tous ceux qui le nécessitent[1] !

Mais Sarkozy et Royal ont choisi une autre voie : celle de la « valeur travail ». Le long de la Seine, des êtres humains dorment sous un mètre carré de toile et, l'oreille collée au transistor, entendent d'autres êtres humains leur garantir que « la revalorisation du travail permettra le retour à la croissance et insufflera la confiance nécessaire au redémarrage de l'économie ». D'ailleurs, les chiffres sont formels : la pauvreté est en recul en France, seulement 7 millions de personnes vivent avec moins de 788 € par mois. Leur proportion est passée de 13,5 % en 1996 à 11,7 % en 2004. A ce rythme, nous devrions avoir éradiqué le dénuement absolu dans les années 2140. Tenez bon, petits campeurs ivriens...

Chaque jour, je traverse le pont d'Ivry...

Notes

[1] Article 17 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité. » Tous les jours, passant sur le Pont d'Ivry, je constate légalement cette nécessité...

sam
25
nov ' 06

Un an... et la rage


1 blog,
175 articles,
3430 commentaires,
2 auteurs,
1 an.

Et toujours la même rage...



Cet anniversaire n'est qu'un prétexte pour mettre en avant une petite marseillaise, d'origine argentine, dont la vie n'a pas été des plus simples : Keny Arkana, rappeuse aux styles variés, parfois tendre, parfois enragée, mais toujours porteuse de cette conscience politique qui, malgré les maladresses, fait plaisir à entendre. Elle comme moi n'abdiquerons pas !

Pour cette bougie, spéciale dédicace à Keny... La rabia del pueblo !
ven
24
nov ' 06

Pendant la campagne, les délires continuent


Ségolène Royal, en visite dans la maison d'accueil de l'association SOS-femmes et à la veille de la journée de l'ONU pour combattre ces violences, a déclaré : « La première loi que je ferai déposer sur le bureau de l'Assemblée Nationale si je suis élue sera une loi contre les violences faites aux femmes »[1].

Les lecteurs ne me feront pas l'injure d'imaginer que je puisse être défavorable à une telle loi, mais je n'en peux plus de cette démagogie permanente, ce sarkozysme répété, cette façon insupportable de coller encore et toujours à l'actualité, ce désir insupportable de plaire racoler qui pousse à chaque sortie médiatique à faire penser à son interlocuteur qu'il est le point central de sa politique à venir. Tel Sarkozy qui se précipite dès qu'un accident survient chez les pompiers pour glorifier ces héros, Royal flatte onctueusement, caresse éhontément et vise comme objectif l'addition des problèmes particuliers pour faire croire à une politique collective.

Et que dire de la suite ? « les violences familiales sont incompatibles avec un bon fonctionnement de la République. C'est une question d'ordre juste ». Typique du discours creux qui semble vouloir dire quelque chose mais n'a aucun sens : quel rapport entre la violence dans le couple (une affaire privée) et le fonctionnement d'un système politique (la res publica) ?[2]

Je n'en peux déjà plus, je ne vais pas tenir cinq mois... Il va bientôt falloir convoquer la commission des conflits du Parti Socialiste pour m'exclure : mes mots vont finir par rejoindre ma pensée...

Notes

[1] Il y a 15 jours, Royal (a priori la même personne, sauf schizophrénie aiguë), interrogée sur une grande radio nationale répondait à la question « quelle sera votre première mesure si vous êtes élue » en ces termes : « on ne peut mettre en avant une mesure, c'est un tout ».

[2] Quant à l'ordre juste, rappelons que c'est cette expression qu'elle emploie à longueur de phrases depuis des mois et qu'elle voudrait à présent voir définie par les autres.

mer
22
nov ' 06

Le Fillol parle du Parrain


Georges Frêche a honte du fait que l'équipe de France soit black-black-black et s'étonne que quelqu'un puisse s'en étonner. Moi, c'est étrange, je me surprends à constater que l'équipe de France version rugby est si white-white-white[1]. Frêche n'a pas du s'en apercevoir... Mais suis-je donc bête ? Sa spécialité, ce n'est pas de compter les blancs, mais bien de compter les noirs.

Frêche menace ouvertement le groupe communiste de sa région après que celui-ci s'est offusqué de ses propos. Revirement minable du dit groupe de lavettes, emmené par le sous-vermicelle périmé Jean-Claude Gayssot, l'homme qui mesure son taux de testostérone endogène à l'aune du salaire public que lui offre sa minable position. Il est vrai que le parrain a la voix forte.

Comme si cela ne suffisait pas, Frêche menace ouvertement le PS : en cas de sanctions, il pourrait rouvrir les archives relatives au financement du parti. Le parrain connaît ses dossiers sur le bout des doigts. Il démontre ici encore, si besoin était, sa façon corleonesque d'envisager la politique.

Alors Julien Dray, homme de principes et de convictions, celui-là même qui veut sanctionner les adolescents dès le premier délit, celui qui refuse de se faire taxer d'angélisme en matière de sécurité dans les banlieues, prépare déjà l'opinion au pitoyable spectacle de dérobade que va nous offrir son parti (prétendument) socialiste : « Il semblerait que les choses ne soient pas aussi simples que celles qui ont été rapportées initialement ».[2]

Non, bien sûr, rien n'est simple, Julien, tu as raison[3] : Si l'on ne trouve pas d'enregistrement vidéo certifié par un huissier dûment mendaté, comment exclure l'inculpé ? Certes, quelques heures après les faits, Frêche confirmait ses propos et les assumait devant tout le monde. Mais aujourd'hui, Julien, tu es pris d'un doute affreux. Et si Outreau se reproduisait ? Le pull-over rouge ? Omar m'a tuer ? Dreyfus ? Saccho et Vanzetti ? Rosa Luxembourg ? Et si, à force de fréquenter Jeanne d'Arc, tu étais victime d'hallucinations qui te feraient croire que Frêche est un fou dangereux ? Ce genre d'hallucination qui pourrait tendre à faire imaginer quelques liens avec les nostalgiques de l'Algérie Française, à envisager des fraudes massives dans les scrutins internes du PS, à faire croire qu'il ait pu un jour traiter des semblables de sous-hommes ? Alors oui, Julien, tu as raison, soit très prudent, ce serait tellement dommage que la respectabilité de cet homme de bien soit mise à mal par un jugement à l'emporte-pièce.

Mais une idée me vient : Si au lieu de se focaliser sur les évènements de ces derniers jours, on excluait Frêche pour l'ensemble de son oeuvre ?

Notes

[1] Remarquez, quand elle voit des blacks, cette équipe perd de sa superbe ;-)

[2] Ah bon ? Pourquoi ? En fait, Frêche croyait que Thuram n'était pas titulaire ?

[3] Par exemple dans ma section du parti, il doit y avoir 199 blancs sur 201 membres. Je peux en parler librement tant au PS ces choses là ne dérangent pas du tout...

ven
17
nov ' 06

Les libéraux perdent la tête, les socialistes leur âme.


Milton Friedman est mort. L'espèce humaine ne peut s'en porter que mieux, même si l'homme avait cessé de nuire depuis un moment. Mais l'instant est symbolique : je l'ai dit et je le redis, le libéralisme se meurt. Nous sommes sans doute à l'apogée de ce système néfaste, mais déjà l'on voit poindre en son sein les raisons de sa mort prochaine. Friedman mourra donc deux fois et c'est tant mieux...

Mais le plus inquiétant ce matin, c'est que Ségolène Royal, investie candidate du PS, ne sait probablement pas qui était Friedman...

mer
15
nov ' 06

Le scrutin de la Havane


C'est à peine croyable.

Apeurée à l'approche du vote, Ségolène Royal tient à une participation maximale des ses troupes idolâtres. Admettons. Elle publie donc sur son site une lettre très didactique intitulée "Comment voter le 16 novembre ?". Fort bien.

Et que peut-on y lire noir sur blanc ? "Si vous ne trouvez pas votre nom sur la liste électorale, insérez le bulletin de vote et son enveloppe dans une autre enveloppe et confiez la au bureau de vote, en prévenant l'assesseur représentant votre candidate."

Quelles peuvent donc bien être les motivations d'une telle procédure que personne n'a jamais vues dans aucun bureau de vote en France ? Il y a de quoi s'interroger, pour ne pas dire plus.

Après les propos stupéfiants de Georges Frêche, promettant plusieurs mois avant le vote 85% des voix pour Royal[1], tous les militants socialistes se doivent d'être inquiets : visiblement la révolution démocratique que prétend incarner Royal relève plus d'une conception cubaine, salvadorienne ou soviétique que de la 6ème république.

Notes

[1] force est de donner une grande crédibilité à cette promesse, quand on connaît l'interprétation très personnelle de la démocratie dont a pu faire montre "l'homme qui parlait mal aux harkis"...

sam
04
nov ' 06

Ave Maria Segolena


Bien sûr, il y a ce côté « chrétien de gauche » duquel je me sens très éloigné, pour ne pas dire qu'il m'inquiète. Comme j'aime à le répéter, la caque sent toujours le hareng et je ne suis jamais très rassuré pour l'indispensable laïcité française à l'idée de donner les clés de la république à un tenant de la tradition catholique, fut-il de gauche.

Je veux l'affirmer ici encore une fois : La première des valeurs socialistes, c'est la laïcité, condition impérieuse d'une république unitaire. Une candidature socialiste, même 'installée', peut se gargariser de termes flous, peut agrémenter le mot « république » de qualificatifs vagues et creux : république juste, république nouvelle, république du respect. Je n'en ai cure. Je suis socialiste et ce qui m'importe c'est que la république soit parlementaire et laïque. Le reste n'est que mistral et zéphyr, pour ne pas dire poudre aux yeux.

La laïcité, c'est l'égalité. C'est la liberté, c'est le socle d'une intégration possible pour tous. C'est aussi faire reculer tous les fondamentalismes. La laïcité émancipe. Elle émancipe les femmes, mais aussi les jeunes. Elle rend responsable car elle offre autant de devoirs que de droits. La laïcité, c'est l'identité de la société française et elle doit être au coeur même d'une action de gauche. Nicolas Sarkozy qui fait le signe de croix en public, qui se mêle des affaires du culte musulman, qui envisage de revoir, à la demande de tous les cultes, cette admirable loi de 1905 qui garantit la neutralité de l'Etat en matière religieuse : tout cela doit être combattu par la gauche de la façon la plus ferme, c'est à dire explicitement..

Alors que la laïcité est le plus bel héritage que nous aient laissé les grands anciens, je demande donc -que dis-je ? j'exige !- que le candidat socialiste prenne position de la façon la plus ferme pour une laïcité libre et non faussée.

Or, qui a entendu Ségolène Royal sur ce sujet ? Personne, car cela ne résonne pas en elle comme un engagement impérieux.

Chez Bayrou, la croyance religieuse est assumée mais aussitôt compensée par l'affirmation répétée d'un attachement absolu à la laïcité. Chez Royal, phénomène très inquiétant, aucun discours n'est jamais venu appuyer en ce sens : Non que je puisse penser qu'elle veuille rétablir le pouvoir de l'église, mais il me saute aux yeux que la laïcité n'est pas une valeur fondamentale de son engagement politique.

Cette apologie de la famille, ce leitmotiv de la tradition, cette obsession des valeurs. Voilà qui me donne à croire en l'écoutant que j'assiste un prêche dominical. Pour elle, la politique, c'est la gestion de la cellule familiale. L'unité fondamentale de la société, ce n'est pas la communauté comme le croit Sarkozy ou la collectivité comme l'envisage la gauche, c'est la famille. Elle le répète, le scande, le martèle : la politique c'est « permettre à chacun de transmettre des valeurs à ses enfants. »

Or, la laïcité, c'est permettre la rencontre des cultures. Au rebours, marteler la transmission des valeurs au sein de la famille, c'est laisser chacun sur son quant-à-soi. Alors bien sûr, Royal m'inquiète plus que d'autres du fait de sa position de candidate potentielle. Mais d'autres socialistes ont eu des actes ou des paroles étranges -pour ne pas dire inacceptables- en la matière : Il n'y a pas de quoi être fier du PS quand Delanoë donne le nom de Jean-Paul II au Parvis de Notre-Dame. Il y a de quoi s'étrangler quand Martine Aubry autorise les horaires de piscine aux musulmanes comme les réclament les fondamentalistes.

Seulement nous sommes en campagne et nous parlons de choisir le futur chef de l'Etat. Delanoë et Aubry n'importent plus. Seuls comptent pour le moment les trois candidats. Et Royal fait froid dans le dos :

Comme Martine Aubry, elle a défendu les horaires d'accès réservé aux femmes dans les piscines municipales : « Dans certains cas, si les municipalités le font, c'est peut être que ça correspond à une demande. Les femmes enceintes ou les filles qui se font embêter à la piscine par les garçons, ça mérite d'être regardé. »

A l’école, elle a suggèré de « réfléchir à des aménagements d'espaces non mixtes, des moments d'accalmie. Lors des cours d'éducation sexuelle par exemple, c'est indispensable. En éducation physique, à la piscine, pourquoi pas. Et même à la cantine qui est un moment fort de déclenchement de violence : on s'y bouscule beaucoup. »

A propos du voile à l'école, contrairement à ce qu'elle essaie de faire croire maintenant, elle n'était à l'époque pas favorable à son interdiction et n'y voyait même pas un débat important : « Qu'est-ce qui est le plus inquiétant pour les valeurs françaises ou européennes ? Trois filles qui portent un foulard et qui finissent par l'enlever ou bien le fait que tous les jours des millions d'enfants voient pendant trois heures d'affilée des dessins animés japonais où on s'entretue. ( ... ) Moi je pense que c'est beaucoup plus grave, ce qui se passe à la télévision. »

Sans parler, à la marge, de son engagement contraint au mariage homosexuel, elle qui, il y a six mois à peine, y était explicitement opposée en avançant que « la famille, c'est un père et une mère ». Ou encore ces propos privés rapportés par le Monde au moment des caricatures de Mahomet : « N'aie pas peur, je ne laisserai pas insulter Dieu ! ».

Je vous salue Marie-Ségolène, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous. Moi non.

jeu
02
nov ' 06

Lettre ouverte à un Prêtre de l'Ordre (juste) du Désir d'Avenir


Cher Arnaud Montebourg,

Comme je suis triste. Comme j'ai du vague à l'âme à vous voir ainsi, simple porte-flingue du ségolisme triomphant, pauvre cheval accroché à l'arrière de la roulotte, suivant la route comme les bandes pointillées des routes nationales suivent les voitures, feignant d'être celui qui tire le convoi, trottinant sans passion, sautant mollement les haies que vous aviez préalablement vous-même contribué à construire.

Vous le flamboyant, vous le vrai renouveau d'une gauche en déshérence, le combattant infatigable de la probité, le défenseur acharné de la sixième république... Comment, en êtes vous venu à un tel degré d'apprivoisement pour une poignée de picotin ?

Après avoir trompé vos partisans, feignant de voir en Ségolène Royal le vecteur absolu des idées rénovatrices, déguisant ses silences en un prétendu engagement dans une nouvelle république, vous voilà investi du rôle de défenseur des petits slogans marketings de votre nouvelle idole sondagère, réduit à une explication de texte approximative de pensées embryonnaires.

Mais manger dans la main du roi n'est pas diriger le royaume. Ce qui a fait l'espoir de Rénover Maintenant n'a de toute évidence pas sa place dans l'écurie royale. Alors vous avez transformé votre club rénovateur en une misérable équipe de tontons flingueurs à l'ancienne[1]. Pour protéger votre pouliche, tellement incapable de justifier des positions sans rapport avec vos idées de toujours, vous voici réduit à expliquer pourquoi les autres sont des usurpateurs lorsqu'ils portent les idées rénovatrices. Dernier exemple en date : Denis Szalkowski nous gratifie sur le blog de RM d'une invraisemblable démonstration qui tend à prouver que « certes, Fabius porte la 6ème république, mais c'est insuffisant ». J'en suis du reste bien d'accord, mais la proposition de Fabius va de toute façon bien plus loin que celle de Royal, puisque celle-ci n'a même jamais prononcé le simple mot « institutions » au cours de toutes ses interventions de campagne interne !

Et sur le fond ? Comment, cher Arnaud, pouvez-vous cautionner que soit émise l'idée d'un traitement régional des questions d'immigration ? Dire cela est une insulte à l'intelligence. Persistez-vous à l'approuver ? Comment acceptez-vous que la laïcité soit le cadet des soucis de la candidate socialiste installée ? Des dizaines et des dizaines de discours sans que soit jamais abordée cette question, pourtant centrale[2] : nous ferez-vous croire à une mauvaise interprétation de notre part ? Avez-vous au fond de vous cette vision traditionaliste de la famille que défend en filigrane votre candidate ?

Alors la tristesse que j'évoquais au début de ces lignes s'est transformée en colère. Cette colère qui suit de peu la trahison. Cette rage à l'encontre de celui qui a menti. Peut-être plus tard, Arnaud, cher camarade, peut-être saurai-je vous pardonner ? Mais pour tout vous dire, je n'en suis pas sûr. Je crois que c'est précisément ce qui me donne du vague à l'âme : la crainte d'être définitivement devenu un opposant aux idées que vous soutenez. La peur que vous ne fussiez pas un « malgré-nous » mais un travailleur volontaire à une cause que je combats. Comme c'est difficile de découvrir s'être trompé d'écurie.

Et vous, Arnaud, saurez-vous me dire s'il est difficile de tromper son écurie ?

Notes

[1] La « rénovation », est-ce bannir un Mickael Moglia, coupable de déviance orthodoxiste ? Est-ce fustiger un Benoit Hamon dans cette lamentable Lettre de RM n° 8 ? Ou pire : est-ce démolir Fabius et DSK dans leur participation aux gouvernements de gauche (L'Express du 24 X 2006) ? La rénovation, est-ce ce culte du chef de file que vous entretenez à l'égard de votre nouvelle Jeanne d'Arc ?

[2] Ce sera du reste le thème de mon prochain billet.