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ven
27
avr ' 07

Bayrou ou l’hologramme de la Vème


Les ségolâtres, je n’en suis pas, applaudissent à cette « recomposition » de la gauche, à cette femme qui bouge les lignes. Les sarkophobes, j’en suis, se raisonnent et tentent de cacher leur dégoût derrière le seul bulletin de vote possible.

Parce qu’au fond, dans son immédiateté électoraliste, dans sa stratégie instinctive -quasi animale- de victoire, Ségolène Royal engage avec elle le paysage électoral dans une direction sans rapport avec la démocratie française, en décalage avec l’histoire politique récente de ce pays. Suivie par une presse unanime[1], la candidate du PS et son équipe martèlent qu’une alliance avec le centre-droit représente la vraie modernité. La preuve ? D’autre pays européens le font…L’argument est un peu court et particulièrement déplacé dans le contexte français : ces pays sont dans un régime parlementaire aux scrutins proportionnels, ce qui implique qu’aucun parti ne peut gouverner sans alliance ! Que je sache, en France nous sommes dans le cadre d’une élection présidentielle à deux tours.

Placer, comme le fait artificiellement Royal, le perdant du premier tour au centre du deuxième, c’est offrir à Bayrou cette visibilité inespérée, C’est donner corps à un parti démocrate qui, sans cela n’aurait été qu’un leurre. Et que personne ne vienne me dire ici que sans les électeurs de Bayrou, cette élection est perdue : tout le monde le sait, inutile d’aligner de telles platitudes ou reprocher à ceux qui tordent du nez de vouloir la victoire de Sarkozy. Royal a débordé le cadre du rassemblement pour la victoire : elle est entrée dans une logique d’alliance pure et dure[2] avec le centre-droit.

Oui, Royal fait la courte échelle à Bayrou, ce mystificateur qui veut faire croire qu’il y aurait un « centre » dans ce pays. Pourtant, il n’est pas besoin de sondages pour savoir que les 18% de Bayrou sont composés :

  • de centristes traditionnels (à peine la moitié, historiquement),
  • d’une partie d’électeurs de droite qui ne cautionnaient pas le candidat UMP,
  • d’une partie d’électeurs de gauche qui ne reconnaissaient aucune compétence à Royal,
  • d’électeurs pseudo-stratèges que les sondages avaient poussés à imaginer que le vrai vote utile pour contrer Sarkozy, c’était Bayrou,
  • d’une partie de protestataires qui trouvaient plus chic de voter Bayrou que le Pen.

Mise à part la première, ces catégories d’électeurs sont parfaitement conjoncturelles et il n’y a que Bayrou pour oser y voir une conjecture possible. Car qui peut voir dans cet amas informe la naissance d’un parti ? Personne, sauf l’attitude de Royal qui cautionne la démarche en ne parlant que de cela depuis une semaine. Dans ce psychodrame du vrai-faux débat, ce vaudeville entre PQR et télévisions, ce pas-de-deux ridicule que nous imposent la candidate du PS et son nouveau soupirant, médias et politiques y voient une modernisation de la démocratie. Il ne s’agit en réalité que d’un énième avatar de la Vème république. Les 18% du « centriste » sont du reste déjà le produit de cette Vème : L’homme Bayrou séduit, certes, mais il est absolument seul, l’UDF est tout de même un vide inter-sidéral où la personnalité de son leader occupe tout l’espace[3]. Seule une élection à se point personnalisée du président de la république pouvait déboucher sur un tel ectoplasme.

Le Parti Démocrate n’existe pas. C’est un hologramme sur les écrans de la Vème République. Les élections législatives le montreront, sauf si des socialistes-geppetto transforment le pantin de bois en petit garçon animé.

Notes

[1] ... y compris cet éditorialistosaure « chez qui le libéralisme est arrivé très vite au cerveau »

[2] Des ministres au gouvernement et des accords de désistement dans les circonscriptions, le message est clair !

[3] en trois jours, les deux tiers des députés UDF ont déjà choisi Sarkozy, la stratégie centro-centriste-de-gauche-mais-pas-trop a déjà du plomb de l'aile, avant même d'avoir décollé.

lun
23
avr ' 07

NS Go Home !


Le premier tour de l'élection présidentielle a offert au parti socialiste un score qui, malgré un appel fort au vote utile, malgré les désistements préalables des partenaires les plus proches, malgré le souvenir du 21 avril 2002, a plafonné à moins de 26%.

Dans le même temps, les scores cumulés de la gauche radicale ont tout juste dépassé 10%.

Et nous voici tous en fâcheuse posture.

Celle de laisser les clés de la France à un extrémiste libéral toujours prompt à passer les plats à ses amis les plus puissants, à écraser les plus faibles pour satisfaire son idéologie partisane, à celui qui fustige ces fainéants de chômeurs et prône la surpression de l'ISF, à un démanteleur du service public qui piaffe d'offrir sur un plateau les grandes entreprises d'État à quelques uns de ses amis, à un apprenti-sorcier de la diplomatie capable de flatter vilement George W. Bush tout en fâchant nos partenaires allemands ou espagnols, à un fou de la géo-stratégie planétaire que l'on a vu approuver sans réserve l'intervention en Irak ou dénoncer en 2007 le peuple allemand de 1945, à un maniaque de la sécurité qui fera toujours passer la police avant la justice, à un obsédé de la matraque qui ne connait d'autre solution aux délits que celle de la punition maximale, à un diviseur dont la stratégie a toujours consisté à monter tel groupe contre tel autre et fustiger la France qui ne lui ressemble pas, à celui qui flatte tous les communautarismes mais voit dans un musulman un égorgeur de moutons, à celui qui n'a pas hésité à s'approprier le vocabulaire et l'idéologie du Front National pour assouvir son obsession du pouvoir, à un homme capable d'organiser des rafles de sans papiers venus se nourrir à la soupe populaire.

Cet homme est dangereux pour notre pays. Il est dangereux pour notre démocratie. Il est dangereux pour nos droits et libertés les plus élémentaires.

Le 6 mai, dites lui non !

Le 6 mai, votez Ségolène Royal.

ven
20
avr ' 07

Pour moi, c'est elle...


Parce que la gauche a besoin d'une femme intelligente et tenace,
Parce que la gauche doit faire montre générosité pour faire face à la dangerosité des propositions de la droite et non de postures molles,
Parce que les petits arrangements de la social-démocratie avec le libéralisme ne sont plus acceptables,
Parce que la régularisation de tous les sans-papiers est une obligation,
Parce que le donnant-donnant demandé aux RMIstes et aux étudiants boursiers est intolérable,
Parce que le marketiung politique dans lequel cette campagne se vautre avec volupté me révulse,
Parce qu'une vraie VIème république parlementaire et primo-ministérielle est indispensable,

Pour moi c'est elle...

ven
20
avr ' 07

Giscard et son conseil (constitutionnel) d'amis


Cette semaine, Valéry Giscard d'Estaing, dans un dérisoire et pathétique sursaut d'intérêt pour la politique française, a offert un soutien appuyé au candidat Sarkozy.

Il est désespérant de noter qu'aucun média n'ait jugé bon d'interroger l'intéressé sur la contradiction flagrante d'un telle prise de position publique avec sa fonction officielle de membre du Conseil Constitutionnel[1]. Il est vrai que plus rien n'étonne de la part de ces « gardiens de nos institutions » qui foulent aux pieds celle qui les abrite : souvenons-nous de Simone Veil qui, il y a deux ans, inventait le concept de « mise en congé » du Conseil Constitutionnel pour sortir sans vergogne de la réserve qui s'imposait à elle et se lancer dans la bataille du « OUI » au TCE.

Mais au-delà de cet épiphénomène giscardien, au moment de glisser un bulletin dans l'urne, dans moins de quarante-huit heures, c'est l'occasion de rappeler l'impérieuse nécessité de réforme profonde de nos institutions :

Actuellement, les neuf membres du Conseil Constitutionnel sont nommés pour neuf ans (non renouvelable) à raison d’un renouvellement triennal. Le Président de la République, le président du Sénat et le président de l’Assemblée Nationale nomme chacun un membre. Le Président de la République nomment le Président du Conseil. A ces neuf membres, il faut ajouter que les anciens présidents de la république sont membres de droit jusqu'à la fin de leurs jours.

Résultats ? À l'heure ou je vous parle, seul un membre (Pierre Joxe) de cette institution est de gauche, tous les autres ont été nommés par Chirac, Poncelet ou Debré. Quelle belle impartialité !...

Les propositions :

  • Suppression de la notion de membre de droit,
  • Les membres sont élus pour 5 ans par les deux chambres, à la majorité des 2/3,
  • Le président du Conseil Constitutionnel est élu par ses pairs et plus nommé par le président de la république.

Dimanche, votez pour la VIème république, la vraie !

Notes

[1] Rappelons qu'aucun ancien président de la république de la Vème République n'a jamais accepté de siéger au Conseil Constitutionnel, sauf... VGE qui a décidé de le faire depuis 2004 !

jeu
19
avr ' 07

Je crois aux forces de l'esprit, je vote Mitterrand



La sphère médiatique s'agite beaucoup depuis quelques temps autour de l'affaire des saboteurs terroristes blogueurs[1] qui disent vouloir donner les résultats des prochains scrutins avant 20 heures[2].

Au passage, je fais observer que les deux impétrants (Jean-Marc Morandini[3] et Guy Birenbaum[4]) qui ont lancé cette idée sont avant tout des purs produits des médias et non des citoyens-lambdas qui blogguent dans leur coin : Aussi, entendre la presse, unanime, pointer du doigt la blogosphère pour dénoncer un Internet qui ne respecterait rien alors que les journalistes, eux, auraient une déontologie à respecter : voilà qui prête à sourire[5]

En retour, entendre la blogosphère se défendre d'une telle offense par la création d'un grand mouvement international de libération et un logo gris-et-rouge-tout-moche fait autant rire. Parce que la question n'est pas de savoir s'il est scandaleux ou irresponsable de publier les résultats avant l'heure. Il ne s'agit pas non plus de débattre de la publicité auto-promotionnelle à moindre frais que se font Morandini, Birenbaum ou Versac. Non il convient de réfléchir aux raisons d'une telle situation.

Et, en la matière, les choses sont fort simples et se résument à une seule question : pourquoi les résultats peuvent-ils être connus avant l'heure ? La réponse est :

  • du fait de la fermeture de certains bureaux de votes à 18 heures,
  • du fait de sondages « sortie des urnes » effectués par les entreprises d'enquêtes d'opinion.

Et tout ceci est fait sous la pression des médias-spectacles (radio et télévisions) à qui il semble indispensable qu'une information en direct soit donnée aux citoyens.

Donc, de même que j'ai déjà écrit un article sur l'indispensable encadrement législatif des sondages, je demande que soient adoptées deux mesures très simples : a) tous les bureaux de votes sont ouverts de 8 heures à 20 heures b) il est interdit de réaliser des sondages les jours de scrutins. Bien entendu, les médias vont pousser des cris d'orfraies, eux qui ne pourront plus alors annoncer les résultats à 19h59 et 47 secondes. Et alors ? La démocratie s'en portera-t-elle plus mal si l'annonce se fait à 21h30 au lieu de 20 heures ? Assurément non. Alors, plutôt que dénoncer stérilement un Birenbaum ou un Morandini de vouloir tuer la démocratie, protégeons celle-ci et légiférons ! Je ne crois pas que ce soit bâillonner la presse que de vouloir assurer l'équité des scrutins[6].

En attendant, à moins de soixante-douze heures du scrutin, comment se protéger d'une annonce anticipée des résultats qui influeraient sur le vote des français ? Je propose une solution collective: Inciter chaque électeur à fausser les résultats des sondages en répondant à l'enquêteur qui l'interrogera sur son vote : « J'ai voté François Mitterrand ».

... Ainsi nos chaînes de télévision favorites en seront réduites à recycler la célèbre image...

... ou, se rendant compte de la supercherie, à attendre les premiers dépouillements pour annoncer les vainqueurs. CQFD[7]

Notes

[1] Le qualificatif 'blogueur' m'est parfaitement insupportable en ce qu'il agit sur l'inconscient des gens comme s'il existait une communauté de ceux-qui-écrivent-des-textes-plus-ou-moins-passionnants sur la toile, ce qui est une pure mascarade. A titre personnel, figure toi, cher lecteur, que je ne suis pas 'blogueur', j'ai aussi une vie personnelle et professionnelle (dingue, non ?). Je n'ai d'autre part pas grand chose en commun avec les blogs d'adolescents de Skyblog. Je n'ai pas non plus le moindre esprit communautaire à partager avec un Loïc le Pleutre ou un Loïc le Veule.

[2] Impossible d'y échapper : Le Figaro, le Monde, le Nouvel Observateur, Daniel Schneidermann, etc.

[3] qui travaille, excusez du peu, pour : Europe 1, France Soir, Direct 8 et Télé 7 jours !

[4] Editeur, collabore sous une forme ou sous une autre pour RTL, 20 Minutes, VSD, Choc Hebdo.

[5] D'autant que les médias n'attendent que cela ! Que quelqu'un se lance à publier les résultats avant l'heure et tout le monde embrayera dans un bel élan général de tartufferie : Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien et annonçons les résultats sans être les premiers à le faire pour avoir un alibi en béton quand la police viendra nous chercher.

[6] En revanche, les scandaleuses machines à voter sont, elles, dangereuses pour la démocratie mais ne semblent pas affoler les foules, j'y reviendrai...

[7] Ce Qu'il Fallait Dépouiller.

mar
17
avr ' 07

C'est la France, bon sang !


En matière d'immigration, le discours de Ségolène Royal tout au long de la campagne électorale a consisté à répéter les trois points suivants :

  1. La solution au problème de l'immigration, c'est le co-développement[1].
  2. J'ai rencontré au Sénégal ces mères qui pleurent un fils disparu en mer en cherchant à rejoindre l'Europe
  3. Il ne faut pas de régularisation massive des clandestins, mais une « régularisation au cas par cas ».
Le co-développement :

Premier souci : Ce concept désigne en creux ou explicitement l'immigration comme un problème. Outre que cela est humainement inacceptable et cautionne les idées de la droite[2], c'est une erreur de raisonnement flagrante.

Ensuite, on aiderait l'Afrique parce que ce serait une solution pour éviter que ses habitants viennent chez nous ? Pardon, mais dans mon esprit : 1°) on aide l'Afrique sans contrepartie 2°) notre but n'est pas d'éviter d'accueillir les habitants des pays pauvres. Ne conditionnons pas notre aide à une espèce de donnant-donnant intolérable, « notre aide si vous restez chez vous ».

Enfin, tout le monde sait que le co-développement peut éventuellement commencer à avoir un impact sur la réduction des flux migratoires d'ici 15 ou 20 ans[3]. Alors ? Qu'il faille aider les pays les moins développés, c'est une évidence, mais de grâce! ne le présentons pas comme une solution de court terme.

Les mères des disparus :

En plaçant le débat sur le terrain des victimes, on occulte les vraies questions de fond. C'est l'argument facile et classique pour se donner bonne conscience à moindre effort : certes, on refoule l'étranger, mais c'est pour son bien. Il est alors plus humain de l'empêcher de rallier l'Europe que de l'accueillir, lui qui risquerait de mourir pendant le voyage. C'est d'ailleurs l'argument majeur de l'Union Européenne pour ériger des barricades sur la Méditerranée.

Régularisations « au cas par cas » :

Régulariser « sur critères », c'est masquer le fait que des dizaines de milliers d'autres seront expulsés, c'est-à-dire mis de force dans des avions en direction de leur pays d'origine. Ou alors c'est masquer le fait que l'on tolérera sciemment sur notre sol des laissés-pour-comptes, des non-citoyens, des demi-hommes qui vivront clandestinement, dans la crainte de la police et avec moins de droits que les autres citoyens[4]. Est-ce cela que nous voulons ?

La vérité des chiffres

Alors parlons chiffres : le flux d'immigration en France, c'est environ 140.000 entrants par an. Ce chiffre rapporté aux 62 millions d'habitants, se rend-on bien compte du débat que lance le Parti Socialiste quand il écrit dans son projet « Notre pays ne peut accueillir tous ceux qui le souhaitent » ? Cela voudrait dire que l'un des pays les plus riches du monde ne pourrait pas absorber 0,2% de population supplémentaire par an ?

Et au-delà de l'aspect humain, au-delà de celui de l'apport culturel qui est curieusement gommé par tous les partis de gouvernement, soyons cyniques un instant : les démographes estiment que la France aura besoin de plus de 20 millions de nouveaux actifs dans les 20 prochaines années pour maintenir son système social[5]. Alors ? Que la droite veuille casser le système social et dans le même temps faire étalage de sa peur de l'étranger, cela reste cohérent et n'étonne plus personne. Mais quand on se dit de gauche, on s'enrichit de l'autre et on aime le système social de la France : on ne se s'aligne pas sur les positions libérales sous prétexte de pragmatisme.

Les clandestins

Depuis les années soixante-dix, toutes les politiques menées ont eu comme objectif de juguler l'immigration, qui était considérée (plus ou moins selon la couleur de la majorité politique) comme un problème à résoudre ou du moins un flux à limiter, pour la bonne santé du pays[6]. Aujourd'hui, l'obsession de l'immigration clandestine [7] désigne un bouc émissaire : les étrangers en situation irrégulière. Or ceux-ci sont évalués en France entre 200.000 et 500.000, soit -sortez vos abaques- entre 0,3 et 0,8% de la population. Nous sommes donc bien loin de l'invasion décrite par nos médias, partis politiques et autres commissaires européens.

Quoi qu'il en soit, il est matériellement impossible d'expulser plus de 20 à 25.000 clandestins par an. Alors quelle hypocrisie à ne pas les régulariser ?

Quant aux barrières que l'Union Européenne tente d'ériger au sud, prétendant par là se protéger des clandestins, elles sont : 1°) souvent contraires aux principes des droits de l'homme 2°) d'une hypocrisie incroyable en ce que l'Europe a décidé (sous l'impulsion de Tony Blair) « d'externaliser » la gestion des camps de clandestins refoulés[8] 3°) parfaitement inefficaces dans la mesure où a) les pauvres hères, vraiment motivés, passeront tout de même malgré les barbelés et les miradors b) 90% des étrangers en situation irrégulière sont entrés sur le territoire français de façon légale[9], l'illégalité de leur situation n'intervenant qu'après l'expiration de leur titre de séjour.

Alors bien entendu, à la lecture de tout cela, on peut rester sur une position en retrait, trouver réaliste la politique européenne en la matière, approuver le parti socialiste dans sa "fermeté mesurée"...

... Mais c'est la France, bon sang !

Nous sommes ce peuple qui a porté la liberté jusque dans l'Amérique du XVIIIème siècle. Nous sommes cette terre qu'ont choisi les réfugiés républicains espagnols au siècle dernier. Nous sommes ce pays qu'ont rejoint au cours des précédentes décennies des millions de polonais, d'italiens, de portugais, de maghrébins, d'africains, d'asiatiques. Notre tradition, notre histoire, notre devoir, c'est l'asile !

Madame Royal, si vous êtes élue dans quelques semaines, je vous demande de contredire immédiatement votre pacte présidentiel et revenir aux sentiments qui doivent être ceux de la gauche, humaine et accueillante. Posez comme préalable que l’immigration n’est pas un « problème » mais un fait incontournable qu'il convient de traiter comme tel et dans le respect absolu de la dignité des migrants : Régularisez tous les sans-papiers de notre pays. Et croyez moi, ils seront les premiers à mettre un drapeau bleu-blanc-rouge à leur fenêtre le 14 juillet.

Notes

[1] « On ne réglera pas le problème d’immigration internationale si on ne règle pas la question du développement des pays pauvres. » (août 2006)

[2] Villiers et Sarkozy ont eux aussi mis dans leur programme le co-développement comme un remède à l'immigration !

[3] "éventuellement" car présenter l'immigration comme étant la seule cause de la misère est une erreur : le coût (plusieurs milliers de dollars) exigé par les passeurs est tel que ce ne sont certainement pas les plus miséreux qui rejoignent l'Europe !

[4] En 1997, Chevènement et Jospin avaient régularisé « sur critères ». Résultat ? 80.000 régularisés et plus de 100.000 autres laissés dans la clandestinité.

[5] Sans oublier que dans le même temps, les patrons du bâtiment ou des services expriment un besoin toujours croisant que seule l'immigration peut mathématiquement combler.

[6] Rappelons qu'en juin dernier, SR se prononçait dans le Monde « en faveur de l'expulsion des délinquants étrangers dangereux arrivés depuis peu sur le sol français », c'est à dire pour la double peine ! Et de façon très assumée, elle voit l'immigration sous le seul angle utilitariste : sur son propre site web, mis en exergue à la rubrique « ce que j'ai dit », on trouve : « Le bilan de la droite, c'est une baisse de l'immigration de travail, notamment qualifiée, de 88 000 en 2001 à 67 000, et une augmentation de l'immigration à vocation permanente. »

[7] ... et le PS n'y échappe pas, comme le montre son projet et le pacte de sa candidate.

[8] Cela pourrait passer pour un poisson d'avril mais ce n'est pas le cas : l'Ukraine et la Lybie, par exemple, sont les sous-traitants de l'Europe dans l'hébergement de ces camps, aux conditions de vie plus que douteuses.

[9] Chiffres fournis par le Ministère de l'Intérieur

ven
13
avr ' 07

Bitter end ?


En cette fin de campagne, Nicolas Sarkozy durcit le ton. C'est-à-dire qu'il penche à droite plus encore qu'à l'accoutumée. Par chance, il ne reste plus qu'une semaine avant le scrutin. Un mois de plus et il s'agenouillait devant l'autel du Front National, se prosternait ouvertement devant le borgne. Dans la surenchère sans fin entre le cyclopéen et le lilliputien, même Villiers ne parvient plus à suivre le rythme, inexorablement lâché dans l'Alpe d'Huez, dans l'escalade droitisante.

Il est vrai que les deux extrémistes devant lui ont placé la barre très haut en matière de haine d'autrui, de désignation de bouc émissaire étranger, en méfiance de l'autre, en refus de la différence. Il est vrai aussi que ces deux-là se sont découvert une passion commune : la génétique. De « l'inégalité des races » de l'un au « suicide pré-programmé » de l'autre, nos deux compères s'entendent comme fachos en foire, comparant la couleur de leurs charters, jurant de s'appeler entre les deux tours, promettant un zeste de proportionnelle à l'Assemblée contre un meilleur dialogue inter-partis. En avril, entre l'UMP et le FN, c'est à la vie à la mort, unis par l'intérêt commun de flinguer Bayrou. « Borgnes to be alive », en somme...

Et en face de cette droite dure, me direz-vous ? Le PS continuer de la jouer socialo ma non troppo : Madame part en pèlerinage vosgien confesser une enfance ultra-catholique qui l'aurait forgée. Entre-temps, Madame a fait ses vêpres à Aulnay-sous-Bois, s'est endormie dans un drapeau tricolore[1] et s'est réveillée au son de l'identité de la France éternelle.

Dans ce barnum médiatique, ce manège incessant, ce tourbillon de postures préparées et figures imposées, que reste-t-il de la volonté de changer la vie ? Pas grand' chose et c'est bien là le drame. Car face à une droite dure, une gauche molle c'est l'assurance que la vie restera très difficile pour de nombreux habitants de ce pays. L'urgence sociale, que le PS n'a pas su prendre en compte[2], est pourtant telle qu'elle devrait étrangler la candidate.

Au lieu de cela, les deux borgnes s'étranglent de rire... et nous en sommes réduits à prier pour que dans huit jours, ils ne s'étranglent pas de joie...

Notes

[1] tirant tout de même fortement sur le bleu.

[2] trop occupé à ses calculs électoralistes post-traumatisme du 21 avril 2002.

dim
01
avr ' 07

Faux, usages de faux et trafics d'influence


Des tripatouillages de chiffres que les « instituts » de sondages présentent comme des secrets de cuisine, de mystérieuses corrections mathématiques que leurs clients (les médias) et les clients de leur clients (nous) prennent comme argent comptant, sans se soucier de la véracité des formules ni de la pertinence des résultats. (Voir à ce sujet l'incroyable Gilles Leclerc, France 2, dans l'émission « Arrêt sur Images » il y a quelques semaines : à la question de savoir si les médias se renseignent sur la façon dont la SOFRES ou CSA corrigent les données brutes, la réponse est sans ambiguïté : manifestement, cet homme-là se moque totalement de savoir quelles sont les formules magiques des sondeurs qui propulsent le Pen de 8 à 14% ou Bayrou de 25 à 18%[1] ! Il fait confiance.)

Ceux qui ne bénéficient pas de ces petits arrangements s'en offusquent : Bayrou, silencieux jusqu'ici, se met soudainement, dans ce style populiste qu'il s'est inventé depuis quelques mois, à vomir les sondages, au moment-même où s'amorce son inexorable descente. Royal, qui surfait sur les sondages jusqu'en janvier, feint depuis quelques mois de les ignorer. A l'inverse, Sarkozy, en tête de toutes les enquêtes n'a jamais prononcé la moindre critique à l'égard des sondages et va même jusqu'à prendre ceux-ci pour l'air du temps : « Je commence à bien sentir cette campagne » disait-il au moment où il était au plus haut dans les courbes. C'était pendant le trou d'air de Royal, avant la montée de Bayrou.

La première escroquerie réussie par les sondeurs, c'est d'être parvenu à se faire appeler « instituts » de sondage. Ces entreprises privées à but lucratif gagnent ainsi en crédibilité, avec cette dénomination habituellement réservée à des organismes universitaires de recherche. Ils deviennent ainsi des références indépendantes, ce qu'ils ne sont en aucun cas ! Les mots ont leur importance dans l'inconscient collectifs et ces gens-là le savent bien, qui en jouent jusque dans les questions parfois ambigües qu'ils posent dans leurs enquêtes.

Deuxième escroquerie, toujours en étroite collaboration avec les télévisions, radios et autre presse écrite : médiatiser leurs PDG (au départ via les soirées électorales, puis dans tous les médias) et les faire passer pour des politologues : commenter un sondage est devenu alors l'acte ultime de la réflexion politique.

Troisième escroquerie : s'être vendu aux hommes politiques, tous bords confondus, ce qui empêche ces derniers, une fois au pouvoir, de légiférer sur la question des sondages[2].

Quatrième escroquerie : faire croire que le métier de sondeur, « c'est compliqué », que le manant n'y comprendrait rien si on lui mettait sous les yeux les savants calculs des statisticiens de BVA de l'IFOP. Oui il y a bien tripatouillage mais, misérable citoyen, fais donc confiance ! C'est de la Science avec un grand 'S', tu n'y comprendrais rien. Au vrai , c'est une fumisterie, avec un grand 'F'[3].

Pourtant, il ne suffit pas de hurler au scandale chaque fois qu'un bout du voile des magouilles sondagières est découvert. Il faut agir. Parce que le domaine mercantile ne peut continuer à influer à ce point sur la sphère politique, surtout quand il s'agit de manipulations manifestes de l'opinion.

La loi qui régit timidement la publication des sondages date de 1977, époque à laquelle il y avait tout juste trois chaînes publiques de télévision, pas de téléphonie mobile, pas d'internet et où le nombre de sondages mensuels se comptait sur les doigts d'une seule main. Persister à se mouvoir avec cette approche ancestrale dans un monde qui a changé du tout au tout, c'est vouloir éteindre l'incendie d'Hiroshima avec un arrosoir. Puisque les sondages prétendent rendre transparente l'opinion française, qu'ils commencent par se rendre transparents eux-mêmes aux yeux des citoyens. Puisqu'il s'agit de mettre à nu, que le strip-tease soit de part et d'autre.

Changeons la loi :

  • Création d'un institut de sondage universitaire et indépendant : 100% public.
  • Création d'une commission d'inspection des instituts, avec de vrais pouvoirs de contrôles au sein même des entreprises de sondages.
  • Obligation de rendre publics tous les sondages réalisés.
  • Obligation d'indiquer les commanditaires de chaque sondage.
  • Obligation de rendre public les données brutes et d'expliquer les corrections effectuées.
  • Obligation de déclarer le nombre de personnes qui ont refusé de répondre à l'enquête.
  • Obligation de publier sur le même plan les NSP et les préférences exprimées.
  • Interdiction de publier plus de 1 ou 2 sondages électoraux par mois[4].

Pour comprendre l'utilité de ne plus laisser libre cours à l'hégémonie des enquêtes d'opinion, il n'est que d'entendre Roland Cayrol, DG de CSA, parler fièrement de son nouveau partenariat avec Cisco, constructeur américain de matériels de réseaux informatiques : « Avec Cisco, c'est un âge nouveau qui s'ouvre, en termes de communication, pour un institut d'études de marché et de sondages comme CSA. Les formes nouvelles de la communication sont désormais indépassables pour les spécialistes des études, comme pour l'ensemble du personnel politique, comme pour les médias, comme pour tous les décideurs. Elles permettent d'approcher le vieux rêve de l'information en temps réel, et de la consultation des opinions en temps réel ». Les mots ont le mérite d'être limpides : Acteurs des télécommunications et sondeurs sont sur le registre de l'instantanéité, cette absence de profondeur, cette consommation en direct, ce besoin de ne pas perdre de temps. Tout l'antagonisme avec la réflexion politique, la vision, la hauteur de vue que se doivent avoir, sinon les électeurs, du moins les gouvernants.

Depuis CII Noneywell Bull dans les années 80 et jusqu'aux Cisco et SFR d'aujourd'hui, les partenaires des sociétés d'enquêtes tendent tous à insinuer dans l'esprit du public que les sondages représentent la modernité, l'avenir de la politique. Sauf qu'il est des cas où la Science fait reculer l'Homme : Les sondages, à la fois par leur existence même et par la façon dont on les abandonne sans règle au domaine marchand, nuisent à notre démocratie. Le temps des cris de vierges effarouchées doit prendre fin et laisser la place aux décisions politiques : Légiférons !

Notes

[1] Dire que ces gens ce disent journalistes et publient sciemment toutes les semaines des « informations » qu'ils ne comprennent ni ne vérifient...

[2] François Goulard, ministre délégué à la Recherche et récent soutien de Bayrou, confie qu'à l'époque où son parti, Démocratie libérale, commandait des sondages, les résultats dépendaient aussi des tarifs : « En payant un peu plus, on pouvait obtenir un ou deux points de plus. Mais DL n'avait pas beaucoup de moyens. » !

[3] Et puis sondeur, c'est le métier rêvé. Un peu comme bison futé : si le spécialiste de la route annonce un week-end noir et s'avère avoir raison, c'est un génie de la prévision. Si tout le monde a roulé normalement, c'est un génie aussi parce que son annonce aura eu pour effet de dissuader les gens de prendre la route ! Comme la météo qui a toujours une bonne explication pour s'être trompé dans la prévision, les sondeurs anticipent toujours : si leurs prévisions s'avèrent exactes, ce sera la démonstration de leur professionnalisme et de leur rigueur scientifique. Si elles s'avèrent fausses, ce sera du à la versatilité de l'opinion. CQFD.

[4] ... étant entendu qu'avec la suppression de l'élection du président de la république au suffrage universel, l'intérêt pour les sondages médiatisés tombera de lui-même : les citoyens se passionnant pour le feuilleton Royal/Sarkozy/Bayrou seraient assurément lassés des chiffres concernant les partis.