[ étienne fillol : le blog ]

[ accueil | blog | musique | textes | photos ]
ce blog est alimenté par étienne fillol (92, hauts-de-seine), sauf billets indiquant une mention contraire

lun
28
mai ' 07

Rachida Dati : Rien à cirer du Parquet


AFP, 28 mai 2007, 07h44 : « Le ministre japonais de l'Agriculture, Toshikatsu Matsuoka, impliqué dans un scandale embarrassant pour le Premier Ministre conservateur Shinzo Abe, est décédé aujourd'hui à la suite d'une tentative de suicide, a-t-on appris auprès de la police ».

Le parallèle est frappant avec notre beau pays des droits de l'homme (de pouvoir) où une personnalité politique, impliquée dans un scandale embarrassant pour le précédent Président de le République, est nommé Ministre d'Etat.

Il est vrai que notre ministre de la justice, Rachida Dati, a trouvé son os à ronger, qui n'a pas grand' chose à voir avec la corruption ou la gestion trouble des deniers publics. Non, son truc à elle, ce serait plutôt les petits délinquants des quartiers : « On a une délinquance des mineurs qui augmente, la tranche d'âge diminue, les faits sont de plus en plus graves »[1]

Quel dommage tout de même que Rachida Dati préfère dénoncer les mineurs qui volent des auto-radios plutôt que les candidatures UMP aux législatives des escrocs Balkany et Carignon[2]. Écoutez la ensuite évoquer l'éventuelle convocation de Chirac par la justice : « Nous sommes dans un Etat de droit. Il y a un principe qui est la séparation des pouvoirs. La justice est indépendante, et j'y tiens aussi ». Ah ! La sacro-sainte indépendance de la justice ! Mais quand Fillon annonce pour cet été des peines planchers pour les multi-récidivistes, piétinant ainsi à la fois l'individualité de la peine et le rôle des juges : où est passé le beau principe de séparation des pouvoirs ? Quand Fillon, larmoyant et démagogique à souhaits, réclame, avant même que l'enquête de police soit commencée, la plus grande sévérité pour cet automobiliste creusois qui a provoqué la mort d'un gendarme : où est passé le principe sacré de la séparation des pouvoirs ?

Au vrai, Rachida Dati dégaine déjà l'arsenal répressif classique de la droite : tolérance zéro pour les petits, yeux clos pour les puissants et langue de bois pour tout le monde.

Voleurs de poules, trafiquants d'auto-radios, taggueurs du RER, tremblez ! Car Juppé, Carignon, Balkany et leurs amis seront intransigeants devant vos agissements qui remettent en cause l'intégrité même de la république. C'est Rachida qui vous le dit.

Car à présent, on le sait : Quand Sarkozy dénonce le « mouton dans la baignoire », Rachida Dati porte plainte contre le mouton.

Notes

[1] Ah ? Le ministre de l'intérieur sortant nous aurait menti pendant des années alors ? Lui qui nous a abreuvés pendant des mois de tous les chiffres possibles et imaginaires imaginables pour démontrer sa très grande (in)compétence...

[2] Liste non exhaustive

ven
25
mai ' 07

Colom.. banni


Il y a un mois, à quelques heures du scrutin présidentiel, Jean-Marie Colombani rédigeait un éditorial dans lequel il appelait explicitement à ne pas voter pour François Bayrou, jugé illégitime dans le « nécessaire » débat droite-gauche, et donc « anti-démocratique ».

Aujourd'hui, alors qu'il n'a obtenu que 48,5% de votes favorables auprès de la Société des Rédacteurs du Monde et n'atteint donc pas les 60% nécessaires pour être reconduit pour la troisième fois; le même Colombani hésite, tergiverse, joue la montre, ne se précipite pas, doux euphémisme, pour quitter le poste... Bien aidé en cela par l'ineffable Alain Minc, président du conseil de surveillance, qui surveille visiblement plus sa rente, son intérêt personnel ou celui de ses amis que l'esprit journalistique et la ligne éditoriale du Monde. Colombani et Minc -et avec eux tous les actionnaires qui s'inquiètent de perdre le toutou libéral Colombani à la tête du journal- sont bien plus regardant sur le cours des actions des multiples opérations financières réalisées par les journal ces dernières années que sur l'objectivité journalistique due à leurs lecteurs.

Pour Colombani, la démocratie s'arrête là où commence celle qui s'applique à lui-même.

Pauvre type...

jeu
24
mai ' 07

Les cumulards sont là !


Qui a pu croire un instant que l’arrivée de Sarkozy à la présidence serait signe de renouvellement des pratiques politiques ? A peine est-il élu, que ceux qu’il a nommés s’avèrent être les dignes représentants de la basse politique politicienne, celle des cumulards du pouvoir absolu. Plus de la moitié du gouvernement Fillon se présentera aux prochaines élections législatives.

La Palme d'Or revient à Alain Juppé, Maire de Bordeaux, Ministre d'Etat et n°2 du gouvernement qui se présente tranquillement à la députation et surtout arrive encore à justifier sa démarche par l'intérêt que cela représenterait pour sa ville et son pays. Au nom de « l'ancrage local », voici l’explication sans vergogne de l’ex-repris de justice : « Ce sera une chance à la fois pour le ministère, parce que ça nous donnera un ancrage local et également pour Bordeaux, parce que beaucoup de dossiers qui concernent notre ville et notre agglomération sont en prise avec les responsabilités de ce ministère». Voici donc l’un des fondements de la république balayé d’un revers politicien pour qui l’égalité ne vaut que si elle favorise avant tout Bordeaux grâce à son poste de Ministre de la République.

Non seulement le gouvernement Fillon ne déroge pas à l’exemple du « meilleur d’entre eux », mais il est sans doute aussi celui pour qui le cumul généralisé semble être un étendard de conquête du pouvoir. Incroyable d’avoir à constater que le Premier Ministre lui-même part en campagne dans sa circonscription le lendemain même de sa nomination. C’est dire la volonté farouche qu'ont ces cumulards de se mettre au plus vite au service de la République…

Sarkozy l'a chanté sur tous les tons : « Le gouvernement agira au plus vite et je mettrai mes promesses en acte ». Visiblement la France attendra les élections législatives car, pour l'heure, la priorité des actes est avant tout électorale.

Crions le toujours plus fort : il faut lutter contre le cumul des mandats en nombre et dans le temps, mais déclarer également incompatible tout mandat électif avec un poste de ministre de la République. Pour paraphraser un ancien ministre bien connu, « un ministre ça ne cumule pas ou ça démissionne ».

mer
16
mai ' 07

Guy Môquet, Ligne 13


Président.
Sarkozy.

Ces deux mots accolés laissent une impression difficile. Il faudra s'y habituer. Les combats ne manqueront pas. Je serai le premier, que personne n'en doute.

Mais aujourd'hui, Guy Môquet, le petit communiste, le gamin de la Gare de l'Est, l'histoire de la résistance vaut plus que les luttes de principe. Il convient donc d'applaudir vivement, très vivement, l'acte symbolique du président fraîchement installé.

Merci.

mer
09
mai ' 07

Il ne faut pas confondre droite et droite


Demain, la droite fait son spectacle : D'un côté Sarko Maltese revient en son bel et vaillant Royaume, sans doute convaincu par le bouclier musical de son ami Johnny. De l'autre, Bayrou lance officiellement son nouveau parti de droite, le Mouvement Démocrate, seul parti au monde, rappelons le, qui perd des adhérents avant même d'être créé.

C'est aussi le moment que choisit Gérard Collomb, Maire de Lyon et semble-t-il inscrit au Parti Socialiste, pour déclarer sa flamme aux « amis de François Bayrou ». Pour faire bonne figure et dans la juste ligne de sa pensée, il choisit du reste de le faire au Figaro, jugeant certainement que Libération est dirigé par une bande d'enragés révolutionnaires guévaristes et le Monde par des anarcho-trotskystes infréquentables.

Gérard Collomb, il a toujours aimé la droite. Il s'est inscrit un jour au PS, mais le regrette encore. Alors vous pensez ! Ces bruissements de rapprochement avec le centre ! Ça le met dans un état de satisfaction difficilement descriptible : le voilà qui promeut avec délectation l'alliance électorale avec le centre au niveau local comme national, jouant ainsi sa carte et celle de la droite du PS. Avec en point d'orgue cette phrase : « Par exemple, une partie des jeunes créateurs d’entreprises, dans des technologies performantes, se sont reconnus dans le message de François Bayrou. Au-delà des partis, il y a les hommes et les femmes attachés aux valeurs d’humanisme, d’innovation et de dynamisme ». Où l'on voit que chez lui, la notion de gauche revêt des principes somme toute différents des considérations des plus démunis. Où l'on voit que l'humanisme est pour lui une valeur qu'il convient de rapprocher du concept entrepreneurial.

Déjà il y a bien longtemps, à l'époque où Barre régnait sur la ville, il pactisait lamentablement avec l'UDF pour quelques bouts de fromage dans les arrondissements de Lyon. Il est vrai qu'il est aussi dénué de conviction politique que le Maltais de scrupules à se vautrer dans le luxe au sortir d'une élection républicaine. Rappelons qu'il y a quelques mois, Collomb, strauss-kahnien convaincu, a basculé avec une grand aisance et une toute petite vergogne dans le camp de Royal dès qu'il a été convaincu par les sondages ses arguments politiques.

Sénateur, maire de Lyon, président de la communauté urbaine de Lyon, ce grand cumulard trouve encore le temps de trahir ses amis et passer plus de temps à des calculs politiciens minables qu'à l'intérêt des ses administrés et de la chose publique. C'est admirable. Il restera dans les annales[1].

Chez les Col(l)omb, la différence entre Francisque et Gérard c'est qu'aucun des deux n'est de gauche. Entre Christophe et Gérard, la différence est plus frappante encore : L'un a vendu son or pour faire le tour du monde sur mer, l'autre vendrait sa mère pour les ors de l'hôtel de ville.

Si les lyonnais pouvaient nous débarrasser de cet individu qui vit de la politique au pire sens du terme, celui des combinazione, des alliances sans autre but que son intérêt personnel, les socialistes les en remercieraient chaleureusement.

Notes

[1] Oui, j'ai osé.

ven
04
mai ' 07

Rhétorique, arithmétique et zygomatique


Après que Bayrou, candidat UDF, nous a expliqué pendant des mois que PS et UMP étaient une bande d’incapables et qu’il allait donc en toute logique les réunir pour travailler ensemble, après la tragi-comédie jouée avec Royal dans le vrai-faux débat d’entre deux tours, après que le leader centriste a dit ne pas vouloir se prononcer entre les deux finalistes, le voilà qui glisse discrètement[1] aux journalistes qu’il ne « votera pas Sarkozy ». La belle affaire !

Oui, il faut le savoir, quand Bayrou va voir Spiderman 3 au cinéma, il ne le dit pas. Non, il précise juste qu’il ne va pas voir Batman 2. Nuance ! Lorsqu’il déclare à la table du petit déjeuner qu’il est exclu qu’il prenne du thé, sa femme comprend immédiatement qu’elle doit lui servir un café. Et s’il regarde fixement le pot de marmelade d’orange, il est très clair qu’il aimerait un nuage de lait dans ledit café.

Il est comme ça, Bayrou : Toujours à la limite de l’antiphrase "inexplicite", de l’oxymore paradoxal, de la prétérition allusive, de la litote mystérieuse. Cet homme est un poète. Il ne dit rien et tout à la fois. C’est beau la politique quand c’est exprimé comme cela[2] : Tout dans l'allusion, rien dans le programme[3]...

Il n’est ni de gauche ni de droite, il est les deux à la fois, bien au contraire et réciproquement, tout en sachant que l’inverse est plausible, quoique impossible. En revanche, il est très clair depuis hier qu’il n’est vraiment pas de droite, mais qu’il ne votera pas à gauche, à moins que ce ne soit l'inverse. Sachant que voter blanc ne peut convenir à un démocrate comme lui[4], qu’une urne standard peut contenir autant de bulletins qu’il peut y a voir d’abeilles dans une ruche, que le premier train part à 12h03 et que la baignoire se remplit à raison de deux litres par minute et se vide à un rythme moindre donc supérieur, étant entendu que la distance du point A au point B est égale à la moitié du triple septième de la distance entre la mairie de Los Angeles et la planète Mars, qu’un producteur de patates lapon produit plus de haricots verts en une semaine que ne peut le faire un égoutier japonais en un mois, qu’en déduire sur le nombre de députés que le nouveau parti de Bayrou peut espérer au soir du 10 juin prochain ?

Aucun, mon général. Bien au contraire.

Notes

[1] Sous le sceau bien connu du secret le plus absolu, le célébrissime off.

[2] Par exemple, si je dis « Bayrou n’est pas de gauche », je crois que tout le monde aura compris la litote.

[3] Sauf le libéralisme appuyé parce que, quand même, il ne faut pas exagérer...

[4] Comme l'a du reste précisé a posteriori Marielle de Sarnez qui le soutient, de même que les députés centristes, sauf qu'eux se sont déclarés en faveur de Sarkozy, contrairement à leur chef qu'ils soutiennent tout de même.