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sam
10
nov ' 07

Tough Guys Don't Die




Inoubliable "Les Nus et les Morts[1]".
Éternel "Le Chant du Bourreau[2]".

Norman Mailer est parti. Avec lui, un peu de moi. Et parce qu'il dénonçait autant l'injustice qu'il glorifiait l'humain, un peu de vous. Forcément[3].

Notes

[1] The Naked and The Dead - 1948

[2] The Executioner's Song - 1979

[3] Titre d'après Tough Guys Don't Dance - 1984

ven
26
jan ' 07

De cette vie, il avait fait sept vies


Je sais, je vais passer pour iconoclaste en venant ici parler d'un homme de centre-droit non d'un socialiste bon-teint. D'un poète plus que d'un énarque. Il se trouve que j'ai une immense faiblesse : celle de l'admiration sans limite que je porte à Jean-François Deniau, académicien, diplomate, homme politique, grand amoureux de la mer et des bateaux.

Bien sûr, l'UDF n'est pas mon idéal -euphémisme s'il en est- et le giscardisme est mort, Dieu soit loué. Mais qu'importe puisque l'incomparable talent de l'homme avait choisi de s'éloigner de l'agitation politique pour assouvir ses besoins de littérature et de voyages...

De l'Erythrée à l'Indochine, de l'Afghanistan à l'Amérique du Sud, l'homme baroudait, le poète écrivait, le fils d'australienne rêvait. Rien ne l'arrêtait, pas même la maladie. La mort l'avait tant frôlé, si souvent, qu'un misérable triple pontage cardiaque ne pouvait l'empêcher en 1995 de traverser en solitaire l'Atlantique à la voile.

Il élevait la politique, comme dans cet incroyable préambule au traité de Rome qu'il avait rédigé en 1957 et dont il ne verra pas les festivités accompagnant le cinquantième anniversaire, en mars prochain. Le destin est cruel, penserez-vous ? Je ne le crois pas, l'homme est parti avant de devoir cautionner ce qu'est devenu l'idéal européen, dévoiement absolu de l'idée originale de ses pères fondateurs.

Je suis un peu orphelin depuis hier, depuis que je sais qu'attendre le dernier livre de cet incomparable conteur est devenu vain.

Si « l'Atlantique (était son) désert », son absence est est un peu le mien.

Jean-François Deniau, 1928-2007

dim
15
jan ' 06

Lettre ouverte à Monsieur Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication, à propos du projet de loi DADVSI (droit d’auteur et les droits voisins dans la société de l’information)


Monsieur le Ministre,

Vous avez récemment assisté au Zénith à l'enregistrement de l'émission La fête de la chanson française, diffusée sur France 2 samedi soir dernier, 14 janvier 2006. L'air très satisfait, vous avez écouté une ribambelle d'artistes faire un communiqué à propos des dangers, pour la céation artistique, du piratage de la musique sur internet et par là-même défendre le projet de loi DADVSI que vous avez soumis à l'Assemblée Nationale mi-décembre.

J'évacue immédiatement l'idée de m'apesentir sur ces artistes établis, voire multi-millionnaires (Jean-Louis Aubert, Zazie, Benabar, Vincent Delerm, etc. et tous ces auto-proclamés saltimbanques qui trouvent chic de simuler un esprit rock, mais pleurent une perte de 10% de leur chiffre d'affaire ou encore réclament une assurance chômage pour leur caste[1] : que nous sommes loin de la bohème !). Après tout, pourquoi parler des artistes en évoquent la loi DADVSI puisqu'elle ne les concerne que de très loin ? Non, en vérité, Monsieur le Ministre, votre plus grande faute dans cette lamentable histoire, c'est d'avoir mal nommé votre loi. Il aurait été plus explicite que vous la nommassiez Loi SEUT (Sony/EMI/Universal/Time Warner) du nom des majors de la production artistique qui en ont inspiré -pour ne pas dire dicté- la plupart des articles. A titre d'exemple, les électeurs, que vous désinformez à longueur de discours et communiqués officiels depuis des mois, savent-ils que le 21 décembre dernier, à l'Assemblée Nationale, à quelques heures du vote sur la loi DADVSI, Virgin et la Fnac -invités par vos propres soins !- réalisaient pour les députés des démonstrations de leur site de téléchargement en ligne, le premier nommé allant jusqu'à offrir aux élus un bon d'achat de 9,99 €[2] ? Etes-vous fier d'être à ce point sous l'influence de puissants groupes industriels ? Dois-je vous rappeler que dans votre discours du 20 décembre 2005 à l'Assemblée Nationale, vous déplorez que l'illusion de la gratuité [...] oblige les industries culturelles à s'engager dans une spirale de baisse des prix, sortant par là de manière invraisemblable du rôle qui devrait être le vôtre ? Avez-vous seulement une vague idée de la responsabilité que représente la charge de législateur et de l'indépendance d'action qu'il doit avoir ? J'en doute et ne peux que vous exprimer, sur ce modeste blog[3], la colère et le dégoût que votre conduite m'inspire.

Quant au projet de loi que vous avez présenté et défendu, je ne vais pas en démonter ici tous les points négatifs, voire catastrophiques, pour ne pas dire liberticides, tant cela a été fait depuis des semaines par de nombreux commentateurs, sur internet ou dans les médias. Il n'est pas question non plus pour moi de défendre le piratage de la musique. Toutefois, j'aimerais souligner les éléments suivants :

1°) Ce texte, qui aurait mérité une grande réflexion et la consultation la plus large[4] au sein de la société, a été présenté en catastrophe en décembre dernier puisque découlant d'une obligation de transcription du droit européen, ce qui aurait du être fait par les pays membres depuis 3 ans. Or, ô surprise ! qui était ministre des affaires européennes à cette date ? Vous-même. Si la compétence est une question de chance, vous n'êtes décidément pas verni.

2°) La législation française a la particularité de prévoir un droit à la copie privée. Voilà bien ce qui gêne les majors. Qu'à cela ne tienne, votre projet de loi prévoyait :

  • d'une part d'accorder aux éditeurs le droit de protéger la copie des disques par tous les moyens techniques. A l'heure de l'explosion du lecteur mp3, voilà qui témoigne de votre part d'un grand sens de la société dans laquelle vous vivez.
  • d'autre part d'accroître la répression envers ceux qui tenteraient de contourner ces protections : 3 ans d'emprisonnement et 300.000 € d'amendes, soit, à titre de comparaison, plus que ce que prévoit le code pénal pour ceux qui se rendraient coupables de diffusion d’images à caractère pédophile ! Voilà sans doute ce que vous appelez une loi équilibrée dans votre discours du 20 décembre à l'Assemblé Nationale ?

3°) L'argent que feraient perdre à l'industrie du disque les systèmes de téléchargement est une fumisterie absolue : si les ventes de CD musicaux ont bel et bien baissé en Europe en 2004 (environ 6%) et au Japon, elles ont en revanche augmenté aux Etats-Unis (3%). Quant aux ventes de DVD de films vidéos -pourtant téléchargés eux aussi- elles ont explosé et enregistrent une progression de près de 25% ! Nous sommes donc loin d'une industrie moribonde comme se présentent elles-mêmes les grandes maisons de disques ! Que les gouvernements successifs de l'après-guerre n'ont-ils pas défendu avec la même vigueur les acieries et autres charbonnages du Nord et de Lorraine lorsqu'elles étaient en difficulté ! Puisque je parle de métaux, permettez-moi, Monsieur le Ministre, de considérer pour ma part que les entreprises du disque sur lesquelles vous vous apitoyez sont génitalement aurifères et ne méritent pas une telle attention.

4°) Vous le martelez depuis des mois : l'essor des maisons de disques permet la diversité culturelle. Je soumets donc à votre sagacité les courtes réflexions suivantes :

  • le nombre de titres différents diffusés sur les radios françaises est passé de 56.000 en 1995 à 24.000 cinq ans plus tard.
  • un procureur américain enquête actuellement pour déterminer si les majors du disque se sont entendues pour fixer le prix des morceaux à télécharger sur les sites légaux.
  • ce même procureur avait déjà enquêté sur ces mêmes entreprises qui auraient payé pour obtenir le passage de leurs artistes sur les ondes (Selon les possibilités de la loi américaine, Sony et Warner avait alors versé 15 millions de dollars pour faire cesser les poursuites).


Monsieur le Ministre, le 22 décembre 2005, votre projet a été rejeté par des députés de tous bords qui l'ont amendé à tel point qu'ils avaient fini par légaliser purement et simplement le peer-to-peer ! J'ose croire que cet épisode imprévu vous conduira à une auto-critique de fond et que le retour de ce texte à l'Assemblée le 7 février prochain ne verra pas de votre part la proposition d'un vague remaniement de façade. Si je crains que le lobby que vous subissez ne vous autorise pas l'indépendance d'esprit nécessaire en la circonstance, j'espère me tromper.

Notes

[1] A contrario, citons ici le cas de Renaud, qui défend le peer-to peer et le prouve en proposant lui-même, contre l'avis de sa maison de disques, sur un site de fans des téléchargements de concerts inédits.

[2] Voir à ce sujet le blog de Maître Eolas, avocat.

[3] Monsieur le Ministre de la Communication, pour une explication du mot blog, je vous renvoie à l'un de vos conseillers en nouvelles technologies qui se fera un plaisir de vous en donner une définition la plus précise possible.

[4] Voir au sujet de la loi DADVSI la pétition du site http://eucd.info qui a recueilli près de 150.000 signatures.