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ce blog est alimenté par étienne fillol (92, hauts-de-seine), sauf billets indiquant une mention contraire

mar
30
sep ' 08

Krach boursier : Ne nous faisons pas de (tcherno) bile


Mardi 6 mai 1986 : Le Ministère français de l'Agriculture diffuse un communiqué : « Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l'accident de la centrale de Tchernobyl. »

Mardi 30 septembre 2008 : le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer affirme : « Le système financier français est un des plus sûrs du monde. Il faut avoir une confiance totale dans la sécurité du système bancaire français. Il faut garder la tête froide. Il n'y a pas de raison du tout d'avoir peur. »

Je serais vous, amis-épargnants, je commencerais sérieusement à m'inquiéter pour le contenu de mon Livret A...

lun
30
juil ' 07

Par la grâce du Soigneur Tout Puissant


C'était l'enfance. Peut-être avais-je une dizaine d'années, je ne saurais être plus précis. Il est de ces souvenirs pourtant très clairs que l'on ne peut dater, même en pétrissant ses neurones en forme de montre suisse. Au début du mois de juillet, mes parents nous avaient emmenés, mon frère et moi, voir l'arrivée d'une étape du Tour de France. Tout au bout de la grande ligne droite, large comme les Champs-Elysées à mes yeux d'enfant, nous étions là, à quelques encablures de la banderole finale, comme les invités de marque à un spectacle hors du commun, fiers à l'idée de pouvoir bientôt raconter l'aventure à nos camarades de classe.

C'était le tout début de ce Tour là que je ne sais ni ne veux dater, la toute première étape ou la deuxième tout au plus. Saint-Germain-en-Laye, où nous habitions, avait été choisie comme ville-arrivée d'une étape francilienne dont le relief de planche à repasser garantissait en guise de final un sprint massif. Pourtant, dans ma caboche d'enfant, je gardais le secret espoir qu'un ou deux coureurs seuls, ou à défaut un petit groupe, auraient pu s'extirper de la masse et s'offrir à nous en hors d'oeuvre. Tout au fond de moi, je sentais bien qu'un peloton finissant groupé pour la victoire passerait devant nous à une vitesse fulgurante, réduisant à quelques ridicules secondes le plaisir chamarré du passage des cyclistes. Et voulant doubler le plaisir, j'en avais fait le calcul que deux fulgurances valaient mieux qu'une.

Tassés derrière des barrières en fer, nous avions attendu un temps infini : Pour être bien placé, il avait fallu venir tôt. Pour l'être mieux encore, il fallait être un enfant et bénéficier de cette petite taille qui pousse les adultes à se mettre en retrait pour laisser le spectacle aux nains. En qualité de nains ponctuels, mon frère et moi étions donc aux premières loges.

La pluie était arrivée avant le peloton. Continuant de croire en la bonne étoile d'une possible échappée, je tentais de me convaincre qu'une route humide favoriserait les courageux qui se présenteraient à nous avant les autres. Le vent, que je ne sentais pas, me paraissait pourtant idéal pour scinder le peloton. Ou alors peut-être les pavés historiques de la ville auraient-ils raison des boyaux de la moitié des coureurs ? Au fur et à mesure que l'instant crucial approchait, je m'inventais de nouvelles raisons d'espérer. Et ce n'étaient certainement pas ces grands spécialistes du cyclisme autour du moi qui, avec leurs avis définitifs tout autant que pessimistes, pourraient avoir raison de ma foi en une échappée belle. Pas plus du reste que le speaker-au-débit-de-mitraillette qui commentait en direct la course sur cet immense podium et affirmait, les yeux rivés sur son écran de télévision, que les coureurs restaient désespérément groupés. Qu'en savait-il ce bonimenteur, lui qui ne parlait que du direct, sans rien connaître de l'avenir ? En mon fors intérieur, je scandais à l'attention de coureurs imaginaires : « Échappez-vous ! Échappez-vous ! ». A présent j'en étais sûr : des éclaireurs arriveraient avant le troupeau. Et j'étais le seul à le savoir. Du reste, parmi eux, le doute n'était pas permis, il y aurait des équipiers de la Peugeot, au fascinant maillot à damier noir et blanc.

Il étaient arrivés groupés.

La déception de les voir déboucher tous ensemble au bout de la longue ligne droite avait vite été balayée par l'émerveillement de la vitesse. Voir cet essaim d'insectes debout sur leurs pédales, muscles bandés, visages déformés par l'effort et regards obnubilés par cette simple ligne blanche. Entendre la foule les acclamer sans parvenir à couvrir le cliquetis extraordinaire des pédaliers métalliques qui déroulaient l'asphalte. Voir cette eau que les roues à boyaux chassaient en fines gouttelettes. Le Tour était passé devant nous.

Quelques hectomètres plus loin, l'étape de Saint-Germain-en-Laye avait donc été l'affaire d'un sprinteur, cette espèce étrange qui se cache au milieu de la ruche pendant deux cents kilomètres avant de surgir dans les cinq cents derniers mètres pour l'emporter de quelques centimètres. Qui était-il, en l'occurrence ? Peu m'importait. Le Tour ne valait au fond que dans sa dimension collective, que par cette masse de coureurs que la foule acclamait sans distinction, que par ce tableau de couleurs que formait ce qu'on désignait par un mot mystérieux à mes oreilles de mioche : pe-lo-ton !

Ce soir là, je m'étais couché plus fier. J'avais gagné en rêves comme d'autres gagnent au casino. J'étais riche de cet indicible espoir qu'un jour peut-être...

Plusieurs années plus tard, nous avions récidivé, à la rencontre du Tour de France, dans un col des Vosges cette fois, non loin de la seconde maison familiale. Nous étions devenus des adolescents, l'intérêt sportif de suivre la course avait un peu pris le pas sur la magie enfantine, mais le spectacle restait le même. Faute de trouver place dans la montée du col, nous avions stratégiquement choisi un virage en épingle à cheveux dans la descente qui suivait, sûrs ainsi de voir les coureurs passer au ralenti. De fait, tous ces chevaucheurs de métal s'étaient lentement égrenés devant nous, des premiers échappés au gros de la troupe, sans oublier les traditionnels allergiques à la montagne qui traînaient loin derrière mais n'étaient pas les moins acclamés, tout au rebours.

J'ai compris plus tard, bien plus tard, que tout cela reposait sur un mensonge. Mes héros n'étaient que des publicités roulantes pour le Vidal, des caducées presque humains, des croix vertes à vélo, des toxicos de la route.

Des générations d'enfants se sont ainsi fait berner. Des générations d'adultes continuent de le faire en se passionnant pour des sports dont le nombre de dopés est peu ou prou égal au nombre de contrôles effectués : zéro[1].

Ultime avatar d'un libéralisme qui prône en tout et pour toute chose la compétition et porte l'efficacité au pinacle, le Tour de France se débat dans les eaux troubles qui ont fait sa gloire. Retour de manivelle : quand on détruit à coups de dollars le rêve des gosses pour l'intérêt économique des plus grands, on se prépare une société qui ne vaut plus la peine d'être améliorée. Le tour mourra. La révolution suivra.

Notes

[1] J'aimerais par exemple qu'on nous dise pourquoi les propos de Johnny Halliday, désignant Zidane comme client habituel de transfusions sanguines en Suisse, n'ont jamais débouché sur une enquête. Secret médical sans doute ? J'aimerais savoir pourquoi la dernière Coupe du Monde de football a donné lieu au chiffre très précis de zéro contrôle sanguin. Par pudeur certainement ?

sam
30
dec ' 06

Il avait les deux mains attachées quand il a été pendu


C'est la grandeur de l'homme que de placer l'Humanité au-dessus de tout sentiment personnel. C'est sa force que de préférer la justice à la vengeance. En pendant Saddam Hussein, ce porc immonde, ce tortionnaire, ce tueur en série, Bush et sa clique de fous furieux nous a rapetissés : Un petit pas pour l'homme du Texas, un grand pas en arrière pour l'Humanité.

Bien entendu, ai-je besoin de le préciser, je ne pleure pas un dictateur, mais...

A tous ces vengeurs qui se disent opposés à la peine de mort mais, pour tout un tas de bonnes raisons, trouvent l'exécution du jour acceptable, je dis : A tout le moins, élevez-vous contre la parodie de justice américaine qu'a constitué ce procès. Regrettez que Saddam n'ait été jugé « que » pour la mort de 148 personnes alors que pour des dizaines de milliers d'autres la justice vient de s'interrompre pour cause de décès. Dénoncez le fait que cette mort prématurée évitera opportunément aux puissances occidentales d'expliquer leur soutien passé au pendu du jour. Alarmez-vous de ce que le peuple irakien est aujourd'hui dans le même bourbier qu'hier soir et n'a rien gagné à la mort de son tyran.

Puisque vous ne savez pas défendre une cause, reconnaissez au moins l'inefficacité de l'exécution : A défaut d'humanisme, démontrez une capacité stratégique.

Parce qu'être contre la peine de mort, c'est l'être vraiment, c'est s'y opposer jusqu'au bout, le rester quand c'est le plus difficile, c'est la défendre quand le pendu est le plus grand des salauds.

« Il avait les deux mains attachées quand il a été pendu ». De ceci et de cela, je ne peux me satisfaire.

sam
05
aoû ' 06

Je préférais quand il pleuvait.


Dans les Vosges, vaillantes collines de l'Est, quand la pluie démarre, il faut s'en inquiéter : on ne sait jamais quand elle va prendre fin. Les nuages s'accrochent aux massifs, à moins que ce ne soit le contraire, je n'ai jamais excellé en géologie, encore moins en climatologie. Ces deux derniers jours ont été bien arrosés, au grand bonheur des agriculteurs qui, fidèles à la tradition de la jérémiade agricole, commençaient à se plaindre du déficit aqueux de leurs cultures montagnardes. Encore un effort et les compensations européennes d'inondations s'additionneront aux primes nationales de sécheresse exceptionnelle.

Et puis vers quatre heures, cet après-midi, le soleil a fait son retour, déjà bien à l'ouest. D'abord timide, s'aventurant d'un rayon prudent, puis courageux au point de commencer à sécher les chemins boueux, enfin exubérant, à nous en faire enlever ce pull-over qui nous servait de deuxième peau en plein mois d'août. Bleu plein ciel !

Comme pour fêter cela, je suis sorti, me suis assis sur le banc en pierre au milieu des quatre hectares du jardin familial, Libération en main. Jubilation météorologique, comme une deuxième naissance. De courte durée. Au fil des pages, la réalité du monde s'est rappelée à moi : Au Liban, le ciel reste bouché. Israël, appuyé par l'aigle américain et le toutou anglais, va réussir à transformer ce pays ouvert et oecuménique en une terre de jihad, comme une deuxième mort.

Je préférais quand il pleuvait.

lun
24
avr ' 06

Sécurité routière #2


A la suite du billet d'Enzo déplorant l'extême violence de la dernière campagne TV de sécurité routière, je me suis fendu d'un courrier à Monsieur Rémy HEITZ, délégué interministériel à la sécurité routière. Vous pouvez le lire ici.

Je ne manquerai pas, si l'intéressé en est d'accord, de diffuser sur ce blog la réponse de Rémy Heitz.

sam
18
mar ' 06

Manifest'N'ation


98 millions de manifestants selon les syndicats, 125 personnes selon les forces de police. Une seule chose est sûre : ce n'est pas demain qu'un syndicaliste policier aura la médaille Fields. Peu importe il y avait du monde, douce litote, dans la rue aujourd'hui.

Ce n'est pas la rue qui gouverne, matèle Villepin. Certes, mais les présidents d'universités ne sont pas la rue et ils réclament la suspension du CPE.

73% des français sondés sont opposés au CPE. Ce ne sont pas les sondages qui dirigent le pays, répète le gouvernement. Sans doute, mais il y a des jours où la surdité confine à la bêtise.

Quoiqu'il en soit, dans l'affaire du CPE, un seul vainqueur : Sarkozy qui :

  1. boit du petit lait à contempler le marasme dans lequel s'est fourré son ami Villepin,
  2. fait patte douce et bienveillante vis-à-vis des jeunes,
  3. passe une nouvelle fois pour le pourfendeur des voyous qui se mèlent aux manifestations.

Un seul perdant : la France.

sam
18
fév ' 06

La stupidité est-elle un droit ?


Libération a publié hier, 17 février 2006, une tribune dans laquelle l'auteur, Emmanuel Poncet, compare la ligne de défense adoptée par le juge Burgaud pendant sa récente audition par la Commission Parlementaire à celle d'Adolf Eichmann lors de son procès en 1960. Extraits :

  • Il ne s'agit ni d'assimiler le juge Burgaud à Eichmann [... mais] simplement de relever quelques analogies troublantes. Et dégager un profil psychologique courant [...] : le jeune cadre obéissant.
  • Malheureusement pour lui [...], ses propos résonnent singulièrement, et presque terme à terme, avec ceux d'Eichmann lors de son procès. Face au président Landau qui lui demande s'il se sent coupable, le cadre nazi élude : J'ai fait mon devoir, conformément aux ordres. Et on ne m'a jamais reproché d'avoir manqué à mon devoir.
  • Quarante ans plus tôt, les tragiques maladresses d'Eichmann cachaient mal l'impossibilité foncière de reconnaître une faute qu'on pense sincèrement n'avoir jamais commise.

Ce parallèle pseudo-historique est inacceptable. Il ne s'agit absolument pas de défendre Fabrice Burgaud, mais publier cet article dans un journal à fort tirage est tout de même un tissu d'inepties qu'il convient de relever :

1°) D'un point de vue général, comparer deux lignes de défense dans deux histoires qui n'ont pas le moindre point commun -et qui plus est à quarante cinq ans de distance- relève plus d'une étude psychologique de comptoir que du débat d'idées.

2°) Tout au long de cette tribune, Emmanuel Poncet écrit comparaison n'est pas raison, mais.... Mais il fait tout de même reposer tout son raisonnement sur ces comparaisons... Signe évidente d'une pensée de faible altitude.

3°) Enfin, et surtout, au cas où cela lui aurait échappé, il est important de préciser à Emmanuel Poncet qu'Eichmann était l'inventeur de la Solution Finale, celui qui a pensé et organisé toute la logistique des déportations. Le comparer à un jeune juge frais émoulu de ses études -même s'il est nul, même de mauvaise foi-, est invraisemblable. Au contaire de Burgaud, il n'était pas un parmi plusieurs milliers, mais une tête pensante et dirigeante. Cela change tout et les lignes de défenses ne peuvent donc s'apprécier de la même façon.

Le Garde des Sceaux, Pascal Clément, a décidé de porter plainte contre Libération. Je lui donne raison. Le sentiment diffus qui prédomine après avoir lu cette tribune, ce que l'on en retient, c'est Burgaud = Eichmann. Ce n'est peut-être pas ce qu'a voulu écrire l'auteur, mais tout de même...

Quoiqu'on en dise, la liberté d'expression a des limites. La question est de savoir où placer le curseur. Mon avis est que la liberté d'écrire s'arrête là où la bêtise commence. Emmanuel Poncet aurait du arrêter.

jeu
08
dec ' 05

Marseille la blanche


De la Canebière à la porte d'Aix, le quartier populaire où se côtoient toutes les communautés, toutes les modes, tous les accents; mélange de Provence et de Maghreb. Vision sans doute idéaliste mais tellement douce à mes yeux. Le port de commerce, immense, battu par les vents, qui regarde l'Afrique. La Maison Carrée où les enfants font du vélo en sortant de l'école, le Centre Bourse où les courses de Noël battent leur plein. Le Vieux Port où seul l'OM importe aux conversations des autochtones.

Belle semaine où, certes, il a bien fallu se résoudre à travailler, mais qui s'en soucie ?